La 509ème compagnie divisionnaire antichars est affectée à la 8ème DLIC le 13 juin
La 8ème Division lègère d'infanterie coloniale (8° DLIC) de l'Armée de Paris est dirigée vers l'ouest de Paris pour être mise à la disposition de la 10° armée. Cette dernière disloquée par la poussée allemande, se replie vers Le Havre. La 8° DLIC est positionnée au sud de Mantes le 10 juin. Elle est chargée de constituer une ligne de front reliant Evreux, Dreux et Chartres. Cet axe sera sévèrement bombardé faisant de nombreuses victimes civiles.

La 509° compagnie divisionnaire antichars est mise à la disposition du 1er bataillon du RICM le 14 juin. 
Le 14 juin à Anet. 
Les 15 et 16 juin elle est engagée  dans un triangle aménagé en point d'appui par le RICM entre Châteauneuf en Thymerais, Saint-Sauveur, Chêne-Chenu .
Le dispositif est le suivant :

Villette-les-Bois

P.C. du commandant du 1er Bataillon du R.I.C.M. : commandant Bachetta
P.C. du commandant de la 509ème C.D.A.C. : lieutenant Nougairède

Châteauneuf-en-Thymerais
3ème compagnie du 1er bataillon du RICM - lieutenant de Réals (tué au combat)
4ème section de mitrailleurs
2 sections de la 509ème CDAC - lieutenant Lecul

Saint-Sauveur
2ème compagnie du 1er bataillon du RICM - capitaine Vercier
2ème section de mitrailleurs - lieutenant Monnier (tué au combat)
4° section de la 509ème CDAC - sous-lieutenant Garaix (tué au combat)

La Touche
1ère compagnie du 1er bataillon du RICM - capitaine Vittet (tué au combat)
2ème section - lieutenant Fabre
4ème section - lieutenant Sarde
3ème section de mitrailleurs - adjudant-chef Cassegrain
1 groupe mobile - adjudant-chef Delacour (tué au combat)
1 section de la 509ème CDAC - adjudant-chef Baumet ? adjudant Tarnus (tué au combat)

Thimert
train auto de la 509ème C.D.A.C. : adjudant chef Dressartre

Les combats ont lieu à Châteauneuf-en-Thymerais et dans les localités situées à l'est de Châteauneuf érigées en Points d'Appui.

La 509° CDAC est détruite le 16 juin
Maurice Boussuge est chef d'une pièce de 25 mm antichar. Servies par plusieurs antillais, les pièces seront détruites les unes après les autres par les obus allemands. Il est indemne mais les victimes sont nombreuses autour de lui. La journée du 16 est la plus éprouvante et la plus intense en combats. Le mince ilôt de résistance que représentait la compagnie et d'autres unités est écrasé par la puissance de feu adverse. Le RICM déplorera 18 tués, 536 disparus et 110 blessés, avant qu'il ne continue son repli vers le sud, avec l'objectif de stopper ou retarder l'ennemi sur les bords de la Loire.
Maurice Boussuge réchappe des combats. Il ne pourra pas se replier. Il est capturé par l'armée allemande à La Touche, commune de Saint-Sauveur, Eure et Loir, le 16 juin 1940, en fin d'après-midi.

 

Champ à La Touche 3

 Champ probable où Maurice Boussuge est capturé par les Allemands le 16 juin 1940 

 Combats des 15 et 16 juin 1940 

"Lorsque nous sommes passés à Dreux (certainement le 10 juin) un violent bombardement avait eu lieu la veille.  Un poste d'aiguillage de la gare avait été endommagé. Un homme était pris sous les décombres. Nous n'avons pas pu le dégager. Beaucoup de civils avaient été tués. Nous étions en plein chaos. A Anet, une partie du château avait été bombardée et brûlait. A Saussay, le pont devait être détruit pour ralentir les Allemands. Le Génie avait bien miné le pont, mais il n'y avait pas d'amorces pour le faire sauter. Nous avons fait face toute la journée aux Allemands situés sur l'autre rive. Les ordres et les contre-ordres se sont succédés pour tenter de faire partir la charge. Finalement le pont a sauté en fin de journée. Cela ne servit à rien car les Allemands avaient contourné la position. Nous avons continué notre chemin. Le15 juin la compagnie s'est repliée vers la région de Châteauneuf-en-Thymerais. Depuis le 14 juin les combats étaient violents. Nous étions à côté du RICM (à sa disposition). La poussée allemande était forte et en faisait paniquer plus d'un. Un sous-officier du RICM me dit froidement à un moment : "Si tes jeunots ne se tiennent pas tranquilles, je m'en occupe". Il joignit le geste à la parole et dégaina une arme et dit quelque chose du "Je leur en colle une !" Je crois qu'il l'aurait fait sans état d'âme.
Un officier, un lieutenant de réserve je crois, avait fait placer nos canons de 25 devant les bâtiments d'une ferme, sous les pommiers. L'adjudant qui assurait maintenant le commandement passe et me dit : "Boussuge, qui vous a fait placer ici, vous êtes une cible toute trouvée". "C'est le lieutenant ...". Après une critique véhémente de la décision du lieutenant sa réplique fut : " Allez, allez, mettez-vous à couvert derrière les bâtiments de la cour". C'était une ferme dont les bâtiments étaient disposés en carré autour d'une grande cour. Les Allemands s'étaient installés dans un clocher pour surveiller les alentours. Nous avons pu les en déloger en les pointant avec nos pièces. Ce ne fut qu'un moment de répit.
Au fur et à mesure nous étions encerclés. Pour progresser, les Allemands ne reculaient devant rien. 
Je me souviens qu'à un certain moment ils avançaient sur une petite route en poussant un civil devant eux. Dans les échanges de tirs, l'homme fut tué, certainement par des balles françaises. Pour nous réduire ils nous pilonnaient au canon. Nos pièces de 25 ne faisaient pas le poids. Elles ont été détruites les unes après les autres. Les batteries situées de part et d'autre de la mienne furent touchées. Les soldat ont été quasiment déchiquetés lorsqu'un un obus tomba en plein dessus. Je ne fus pas atteint, je ne sais pas comment. Si nous n'étions pas touchés, les consignes étaient de saboter les culasses en cas de repli. Maintenant que la situation s'était aggravée, c'était une question de survie. Isolés, coupés des autres troupes, sans ordres, c'était du chacun pour soi pour sauver sa peau. 
Je n'ai quasiment jamais connu nos officiers. Le lieutenant qui nous commandait depuis Albi fut tué au début des combats à Saint-Sauveur. Il a voulu voir où se situaient les Allemands, il a levé la tête, un tireur en a profité pour l'ajuster. Il s'appelait Garaix.

A plusieurs nous nous mîmes à ramper dans les blés pour tenter d'échapper au massacre. Notre idée était d'attendre la nuit pour gagner un bois situé en bordure du champ dans lequel nous nous trouvions. Les Allemands tiraient à hauteur d'homme. Quand ça passe au-dessus de la tête en sifflant dans tous les sens, on n'est pas fier. Il y eut un gros orage. Nous restâmes un bon moment couchés dans des rigoles pleines d'eau. Je me suis alors retrouvé avec Jean-Baptiste Vergne, un autre caporal, chef de pièce. Il était natif de Meymac en Corrèze. A Albi, nous n'étions pas ensemble. Nous nous sommes connus à Granville et lors des combats. Comme moi il avait été obligé d'abandonner sa position faute de matériel. Les obus et les balles continuaient de siffler au-dessus de nous. Situé près de moi il fut atteint à une cuisse, je n'avais rien. Une seconde fois il est touché, moi toujours rien. Je crois qu'il fut blessé encore une fois ou deux. Je l'entendais dire à chaque fois : "Maurice, je suis encore touché !". Je réussis à lui faire des pansements avec ceux que nous avions en dotation. J'avais les mains pleines de sang. Je l'ai aidé comme j'ai pu à se traîner jusqu'à un tas de foin amoncelé sur des perches pour sécher. Nous nous cachâmes dessous. Je rabattis du foin sur l'endroit par lequel nous étions passés. Il saignait pas mal et râlait. Je disposais encore de pansements pour changer ceux que j'avais faits. Il souffrait et se plaignait. J'essayais bien de le calmer pour faire le moins de bruit possible.
A un moment il s'est débattu et a fait tomber du foin. Juste devant l'ouverture j'aperçus une paire de bottes allemande
s. C'était fini, nous étions capturés. Je sortis le premier et je fis comprendre que mon camarade était blessé. On me signifia de le sortir et le transporter jusqu'au bord d'une route. Je l'ai chargé sur mon dos tant bien que mal et l'ai porté. A chaque pas que je faisais, son corps me frappait le dos. A chaque pas il me disait : "Tu me fais mal, tu me fais mal !". Après cet effort je l'ai déposé par terre. On me fit comprendre qu'il serait soigné. "Ne m'abandonnes, ne m'abandonnes pas !" furent les dernières paroles qu'il me dit. Nous fûmes séparés.
Je le revis après la guerre. Il ne succomba pas à ses blessures mais fut quand même prisonnier un certain temps avant d'être rapatrié sanitaire. Je reparlerai de Jean-Baptiste Vergne plus tard (Le passé revient).

Je marchais sur une route escorté par un soldat allemand. Nous longions une colonne de véhicules. Un soldat descendit d'une chenillette, un rouquin, je le revois. Il s'avança vers moi, furieux. Je pense qu'il m'invectivait. Il me décrocha un violent coup de pied dans un genou. Il me fit très mal. Un sous-officier le fit mettre au garde-à-vous et l'engueula. Je l'entendis claquer des talons plusieurs fois. 
Je poursuivis et fus regroupé avec d'autres prisonniers."

 

Champ à la Touche en direction de St Sauveur 2

 La Touche vue prise en direction de Saint - Sauveur, le champ probable où fut capturé Maurice Boussuge le 16 juin 1940

En direction de Villette les Bois depuis La Touche 1

La Touche vue prise en direction de Villette-les-Bois