"En Auvergne je n'étais pas familier des chevaux. Il y en avait peu dans les fermes, les boeufs et les vaches étaient attelés.
J'appris à les harnacher, les atteler, les conduire, les entretenir, les nourrir. Le premier cheval que l'on me confia avait 14 ans. Je ne l'eu pas longtemps. Il mit une jambe dans un trou profond alors que je labourais. Il se fractura le fémur et fut abattu. Ce fut la catastrophe; je n'ai pas souvenir de m'être fait réprimander.

 

acpgkrgef394516Mars1943Fuchs

Adelsdorf, Avec Fuchs le 16 mars 1943

 

Le nouveau cheval des Göttlich avait sept ans, était alezan et se nommait Fuchs. Le premier contact avec lui fut étrange. Il attrapa ma capote au niveau de la poitrine et me souleva de terre. Pour lui faire lâcher prise je lui mis un coup de manche de fouet sur le nez. Par la suite il n'y eut plus jamais de mauvaise surprise entre nous sauf peut-être encore une fois. Je le chevauchais pour rentrer dans la cour de la ferme. Tout émoustillé il s'est mis au trot puis au galop pour foncer à l'écurie. J'ai eu juste le temps de sauter pour ne pas être assommé ou plus au passage de la porte. Nous nous habituâmes bien l'un à l'autre. J'en faisais ce que je voulais dans le travail aux champs ou dans les bois. Il réagissait toujours à mes ordres. Je ne le brusquais pas. Je cachais dans mes poches des croûtes de pain que le cheval venait chercher. Parfois je faisais semblant qu'il n'y ait rien, mais le cheval savait qu'elles y étaient. Il cherchait alors avec une certaine frénésie, nous jouions l'un et l'autre. Une fois que je le nourrissais à l'écurie, il me marcha sur un pied par inadvertance. Tout en criant qu'il me faisait mal, je lui assénais une claque. Le cheval se tourna vers moi, me regarda. Il ne voulait pas manger. J'ai été obligé de lui parler et l'encourager à manger, voire le consoler d'avoir fait une bêtise. Il semblait avoir compris ce qu'il avait fait et cherchait pour ainsi dire à s'excuser. Un autre souvenir. Je labourais. Nous étions suivis par une nuée de corbeaux. Le cheval n'était pas trop rassuré, je le tenais donc bien. Tout à coup il s'arrête, dresse les oreilles. "Qu'as-tu vu ?" Un peu devant nous, je découvre un animal du genre fouine ou belette. Une fois l'animal en question parti, il reprit son travail.
J'étais aux petits soins pour lui. Le couvrir l'hiver quand j'étais au bois, le rafraîchir l'été, le protéger des piqures de taons. Le tenir propre à l'écurie, le brosser. Lui parler à défaut de parler aux humains durant la journée. J'ai appris tout seul le attitudes à avoir avec un cheval. L'hiver un voisin des Göttlich m'accompagnait parfois au bois. Il était brutal avec les chevaux. Il en possédait un plus jeune que le mien, il mordait. Il le battait littéralement ce qui rendait l'animal encore plus agressif. Il s'en sépara. Parfois il me le confiait, j'étais sur mes gardes. Quand je revenais le lundi, je me rendais compte comment le cheval avait été conduit en mon absence. J'ai souvent parlé de mon Fuchs, bien longtemps après cette période de captivité loin de la France, car il fut un véritable compagnon pour moi."