"Cette guerre a beaucoup éprouvé ma famille ainsi que ma belle-famille.

Les trois frères Boussuge ont été mobilisés en 1939.
Albert, mon aîné fut prisonnier.
Hippolyte, mon autre frère aîné, a payé un lourd tribu. Blessé gravement à la jambe gauche, il dut être amputé. Il en portera les séquelles physiques et morales durant toute sa vie. Il fut décoré de la Légion d'Honneur. Il était miraculé, me racontera-t-il. A demi conscient il entendit un médecin militaire dire à son sujet qu'il allait crever tellement il était faible. C'est l'acharnement d'un infirmier ou d'un médecin Indochinois pour lui faire une transfusion qui lui sauva la vie.

Mes beaux-frères
Claude Bodelin et Benoît Bazot ont été prisonniers.
Philibert Cottin, qui servait dans la marine a vécu le drame de Mers el Kébir.
Emile Pagliantini, vivant à Brest, est parti en Grande-Bretagne le 17 juin 1940.
Il avait 16 ans, dit qu'il en avait 18 et fut incorporé dans les FFL. Il combattit en Syrie, Libye et Tunisie. Il servit ensuite dans la 2° DB , participa aux combats de la poche de Royan puis se retrouva au pied du nid d'aigle d'Hitler.
Claude Valentin Lapointe et Marcel Flaire ont été déportés au titre du Service du Travail Obligatoire. 
Jean Lambert, un cousin par alliance qui était de la classe 1935, fut également prisonnier. Il a été sous les drapeaux près de 10 ans en raison des rappels de classes. Lorsque je l'ai connu, il était très affecté par ce qu'il avait vécu.


J'ai souvent évoqué avec ma famille et des proches ces années de guerre et de captivité. Par contre je n'en faisais jamais état spontanément dans la conversation pour mettre en avant cette période de ma vie. Je n'ai jamais rien demandé hormis ce à quoi je pouvais prétendre. Le titre de Reconnaissance de la Nation, c'est mon fils qui a insisté pour que je le demande. Il avait été offusqué de lire dans un journal régional la biographie d'un homme décédé dans lequel on retraçait sa carrière. Il avait obtenu ce titre alors qu'il se trouvait au Maroc en 1940, peut-être dans un unité déclarée combattante. A l'armistice, il revint en France. Si je ne me trompe pas, il n'a pas été tiré un coup de fusil au mois de juin 1940 au Maroc, alors qu'ici, à la même période, nous étions encore un certain nombre à se faire trouer la peau. Je n'ai jamais demandé la Croix du combattant à laquelle je pouvais prétendre. J'ai adhéré à une association d'anciens prisonniers de guerre sans jamais participer à quoi que ce soit. Je suis comme cela, ce qui devait arriver est arrivé, maintenant c'est passé. Les anciens prisonniers de la deuxième guerre mondiale n'ont profité d'aucun avantage particulier tout de suite après la guerre, sauf peut-être en faisant jouer le piston. On n'a fait que peu de cas de leur personne et de leur sort. Cela m'a servi deux ou trois fois tout de même. J'ai été contrôlé par un policier en civil dans le métro alors que je montais un escalier à contre sens en allant travailler à l'Hôtel Moderne. J'étais en retard. Il m'a laissé repartir parce que je lui avais dit que j'étais un ancien prisonnier. C'était pour Noël dans les années 60. J'étais avec mes enfants pour acheter un sapin. En discutant avec le fleuriste, qui était lui aussi un ancien prisonnier, j'ai obtenu une ristourne car nous avions évoqué notre passé commun. Il a fallu que j'attende l'âge de la retraite pour pouvoir bénéficier de la retraite du combattant.
A titre de reconnaissance les derniers Poilus de la guerre de 14-18 se sont vus décerner la Légion d'Honneur. Les derniers combattants de 39-40 et ceux de 44 et 45 pourraient peut-être prétendre au même honneur."

 

Bilan de la campagne mai juin 1940

58 829 décès au combat

123 000 blessés environ

21 000 victimes civiles

1 845 000 prisonniers
dont
80 000 soldats Nords-africains, d'Afrique noire, Malgaches, Indochinois, Martiniquais
qui ont été séparés des combattants métropolitains et qui seront détenus dans les Frontstalag en France selon les principes raciaux de l'Allemagne nazie

250 000 prisonniers s'échappent avant leur transfert en Allemagne

80 000 évadés entre juin 1940 et novembre 1942

330 000 rapatriés en 1940 et 1941

51 000 morts et disparus durant leur captivité