Extraits du livre :  Mémorial de l’empire  A la gloire des troupes coloniales
Exergue du maréchal Pétain
récits recueillis par le capitaine G. Bonnet de l’infanterie coloniale
Séquana, éditeur, Paris, 1941

Cravate RICM 1

Défense du pont de Saussay sur l’Eure (13 juin 1940)

Deux sections de la 2° compagnie du R.I.C.M. défendent le pont de Saussay et ses abords immédiats.
Vers 11 heures, l’ennemi se présente sur la rive gauche. Le pont a été miné par le génie français mais, faute d’amorces, on ne peut pas faire partir la charge. Il devient urgent de faire procéder à la destruction de cet ouvrage, car les engins blindés allemands sont massés sur la rive opposée. L’ennemi semble hésiter à avancer craignant que les Français n’attendent son passage pour faire sauter le pont.
On tente d’amorcer la charge avec des mèches, de la poudre, des grenades. Le marsouin Revel est volontaire pour effectuer ces tentatives : toutes échouent parce qu’elles sont contrariées par les tirs de l’ennemi, auxquels Revel riposte avec une belle crânerie.
Le mortier de 60 de la compagnie et un mortier de 81 de la C.A.B.1 commencent leurs tirs. Ils ne réussissent pas à faire sauter le pont, mais ils éloignent les Allemands dont les coups sont moins fournis et moins ajustés. Revel reprend ses tentatives avec un courage et une ténacité au-dessus de tout éloge, mais elles restent infructueuses, car l’ennemi le guette et ne cesse de tirer sur lui.
Enfin à 21 heures, des amorces arrivent et le pont saute.
Le soldat Revel est alors tué à son poste de combat.

 

Défense du village de Saint-Sauveur-Levasville (Eure et Loir), le 16 juin 1940

Trois sections de la 2° compagnie du R.I.C.M., une section de mitrailleuses et de deux canons de 25, forment un groupement temporaire sous les ordres du capitaine Vercier, avec mission de défendre le village de Saint-Sauveur-Levasville.
Dès le matin, l’ennemi fait précéder ses attaques d’un très violent bombardement ; une section de la 2° compagnie est presque tout entière mise hors de combat ; un groupe de mitrailleuses, ainsi qu’un canon de 25 sont sérieusement éprouvés.
L’adjudant Audisio, de la section de commandement de la 2° compagnie, se porte malgré le bombardement, sur l’emplacement du canon de 25 pour porter secours au lieutenant Garaix, qui a été grièvement blessé. Celui-ci refuse l’aide qui lui est apportée. Il adjure l’adjudant Audisio de ne pas s’exposer, inutilement pour lui, car on entend déjà le crépitement tout proche des mitraillettes. Ses blessures sont trop graves : on ne peut pas le transporter. L’adjudant Audisio le met alors à l’abri.
Le lieutenant Monnier, chef de la section de mitrailleuses, assure personnellement le service d’une mitrailleuse dont le tireur et les pourvoyeurs ont été mis hors de combat. Quelques instants après il est tué à son poste.

Les Allemands prononcent leur attaque et sont repoussés. Puis ils déclenchent de nouveaux tirs d’artillerie et reviennent plusieurs fois à la charge. Nos armes automatiques les arrêtent chaque fois. A un moment donné, l’ennemi effectue un mouvement pour encercler le point d’appui. Sans retard, le capitaine, l’adjudant Audisio, le sergent chef Trouillot et quelques hommes se portent au-devant de l’ennemi qui essaye de cerner la position. Les coups de feu redoublent et proviennent de plusieurs côtés à la fois. L’adjudant Audisio, excellent tireur, n’hésite pas à s’immobiliser pour abattre les ennemis qui tirent sur le capitaine et les hommes qui l’accompagnent.

La situation devenant de plus en plus critique, la compagnie rallie la maison qui avait été choisie comme réduit, pour résister aux derniers assauts allemands.

Les marsouins Amaury et Clère sont placés en protection à l’extérieur. Ils sont magnifiques de courage et de sang-froid. Avec leurs fusils-mitrailleurs ils tirent sur les ennemis qui s’avancent par vague dans les blés. Pour mieux les voir et pour mieux les ajuster, ils se mettent debout, méprisant le danger. L’héroïque attitude de ces deux soldats fait l’admiration de leurs camarades du régiment qui, eux aussi, tirent sur les assaillants.

La sixième vague d’assaut des Allemands est arrêtée : les tirs d’artillerie reprennent de plus en plus nourris sur le réduit qui doit être évacué, car les défenseurs, dont le nombre se limite à une quinzaine, n’ont plus de cartouches.

L’adjudant Audisio, les sergents Bernand, Lanteaume, les soldats Belsola et Garcia installent les blessés sur la chenillette d’un canon de 25, qui, lui, non plus, ne tombera pas aux mains de l’ennemi.