La population de la France en 1914 est de 41 630 000 habitants. En 1919 elle est de 38 600 000 habitants. En quatre années de guerre 8 410 000 hommes originaires de France et de ses colonies ont été mobilisés.1 397 000 soldats ont été tués au combat ou sont morts de maladie. 4 266 000 ont été blessés. 500 000 sont morts des suites de blessures après la guerre. Le conflit  laisse 3 millions de veuves et 6 millions d’orphelins. Les bouleversements que la première guerre engendre s’insinuent dans toute la société française. En 1939 la France n’a pas retrouvé son niveau de population de 1914, elle compte 39 660 000 habitants.

« Plus jamais ça », « Pour le pain, la paix, la liberté », deux slogans qui résument l’état d’esprit des vingt années qui séparent les deux guerres mondiales.
Dans l’euphorie de la victoire de 1918, les anciens combattants, blessés et gueules cassées se réunissent dans des associations pour retrouver l’esprit de camaraderie des tranchées et demander des réparations et des pensions à l’Etat. Ils véhiculent les premiers le pacifisme, l’antimilitarisme, le désarmement. Ce courant d’opinion est relayé par ceux d’entre eux qui sont élus, les écrivains et intellectuels qui ont été mobilisés. Ils servent de caisse de résonnance à toute une partie de la population qui subit les conséquences du conflit. Ils seront près de 3 millions dans les années trente à être membre d’une association.

Les années vingt sont celles de la Société des Nations et d’une certaine détente en Europe. Initié par Aristide Briand, le pacte Briand-Kellogg condamne le recours à la guerre pour le règlement de différends internationaux. Sa portée est toutefois limitée car aucune sanction n’est prévue en cas d’infraction.
C’est la période des alliances, traités, accords, conférences pour prévenir les guerres et se prêter assistance en cas d’agression extérieure. Mais au fait par qui ? L’Allemagne. On craint une revanche de sa part. Le traité de Versailles a fait beaucoup d’insatisfaits. Les esprits les plus clairvoyants reconnaissent son imperfection et sa source de querelles territoriales pouvant dégénérer en conflits armés.
Les crises monétaire des années vingt mais surtout celle des années trente freinent l’expansion économique. Elles crispent les états européens qui s’orientent pour un grand nombre vers des régimes autoritaires. Les nationalismes s’exacerbent, les régimes démocratiques deviennent minoritaires et ne font pas front commun. Le pacifisme, la neutralité, la non-intervention l’emportent.

La société et la politique française vont être perméables aux courants d’idées et d’opinions qui se sont développés. De nombreuses décisions de repli seront prises et acceptées même aux moments de crises aigues avec l’Allemagne nazie. La France se retrouvera souvent seule. Elle n’agira pour ne pas se retrouver au banc des accusés des va t’en guerre d’un autre âge et ouvrir des brèches béantes entre ses citoyens. Si on sent l’Allemagne revancharde, on ne fait pas confiance à l’Urss et on redoute le communisme. La non-intervention est devenue une ligne de conduite politique.
On peut parler de traumatisme de la société durant toute la période de l’entre deux guerres. Le pays a gagné la première guerre mais n’est pas prêt à en faire une autre. Il a du mal à se relever. La réalité des conséquences est incontournable. Au tournant des années trente de nouveaux politiciens accèdent au pouvoir. Le renouvellement ne porte pas les espérances que l’on pouvait fonder. La III° République ne se réforme pas. Toutes les tentatives ont échoué, tant les parlementaires sont soucieux de leur pouvoir et ne veulent surtout pas en transférer une partie soit au président de la république soit au président du conseil des ministres. Les émeutes du 6 février 1934  et les journées qui suivirent sont révélatrices des faiblesses du parlementarisme à outrance. Chaque législature se termine par la valse des gouvernements constitués sur des alliances qui se font et se défont rapidement. La victoire des partis politiques de gauche réunis dans le Front populaire va accélérer la cristallisation des blocs de droite et de gauche. La non-intervention est toujours la règle face aux menaces sur l’Europe de l’Allemagne puis de l’Italie. L’acte final de cette période sera le 16 juin 1940, journée au cours de laquelle les ministres et le président de la république au nom de la légitimité constitutionnelle ne seront pas capables de prendre des décisions exceptionnelles face à une situation exceptionnelle.

Pour aller plus loin : Le pacifisme en Allemagne et en France entre les deux guerres mondiales