Si les années vingt sont celles d’une certaine détente, la France continue à être méfiante vis-à-vis de l’Allemagne. Au fur et à mesure de son isolement international la France va choisir une stratégie militaire de défense. L’état d’esprit ambiant l’y pousse. Les dirigeants politiques vont décider à la fin des années vingt, de fortifier les frontières pour se prémunir d’une nouvelle invasion.

En raison des pertes humaines le nombre d’hommes à appeler au service militaire a diminué. Le rapport démographique avec l’Allemagne est défavorable à la France. Les difficultés à  nouer de réelles alliances militaires pour prendre à revers l’Allemagne en cas de nouvelle invasion de la France pousse le pays à se replier sur lui-même et à se protéger avec ses propres moyens. La doctrine est l’économie des hommes en cas de conflit, le nombre de morts plus ou moins justifiés durant la guerre hante toutes les mémoires. Le maréchal Pétain à la tête de l’armée est d’attitude prudente. Il adhère à cette doctrine. Par contre il est opposé au système de fortifications des frontières. Il préfèrerait le développement de l’arme blindée capable de porter une puissance de feu important chez l’ennemi, avant de lancer le fantassin dans la bataille (thème central de sa conception en opposition à l’attaque à outrance). Il va persévérer dans son opposition à une ligne de fortification, mais il devra s’incliner devant les politiques lorsqu’André Maginot obtiendra les crédits nécessaires pour lancer l’opération en 1929. Celui-ci dira d’ailleurs à la tribune de la Chambre des députés : « Ce n’est pas Pétain qui commande, c’est le ministre de la guerre ». « L’objectif stratégique est de protéger le pays contre une nouvelle invasion car les destructions seraient pires qu’en 1914 »
La politique défensive l’emporte.
Pour l'armée française, la désignation officielle, de ce qui sera baptisé la ligne Maginot, est la « fortification permanente » ou les « régions fortifiées ».
La conception de cette ligne de fortification va nécessiter la création d’unités spéciales pour la servir : infanterie et artillerie de forteresse, génie qui va priver les autres unités d’effectifs. En 1937, la ligne Maginot compte 42 000 hommes.

Le concept d’emploi des chars reste figé sur ce qu’il avait été durant la guerre. Des déclarations de Philippe Pétain semblent prouver le contraire lorsqu’il est responsable de l’armée puis ministre de la défense durant quelques mois en 1934. Son successeur à la tête de l’armée, le général Weygand, a émis également des avis favorables sur l’emploi de l’arme blindée. Des constructions de matériels sont bien lancées mais elles mettront du temps à se concrétiser en raison des difficultés économiques,  financières et industrielles. Elles feront aussi les frais des changements de responsables politiques en charge de la défense. La ligne Maginot absorbe une grande partie des crédits. Le rattrapage commencera a porté ses fruits à la fin des années trente, juste avant l’entrée en guerre.

Ces choix qu’ils soient délibérés, contraints ou de fait vont conduire la France à minimiser la guerre de mouvement au profit de conceptions héritées de la première guerre dont aucun acteur de la défense n’a réussi à s’affranchir.


La ligne de fortifications des frontières est imparfaite notamment dans le nord de la France et comporte des trous dans son dispositif, au niveau des Ardennes jugées par de nombreux responsables inviolables et infranchissables. Aucune vraie correction ne sera apportée au dispositif ce qui permettra aux troupes allemandes d’emprunter ce chemin pour contourner les armées françaises engagées dans le Nord, en Belgique, aux Pays-Bas en mai 1940 et conduire à la défaite.

Pour aller plus loin : La ligne Maginot - L’emploi des chars