1945

9 mai
libération par l'armée russe

5 juin
remise aux autorités françaises à Hayange
établissement d'une Carte de rapatrié, titre provisoire d'identité (voir photo dans album Documents)

6 juin
arrivée à Paris
visite médicale à l'hôpital Villemin

14 juin
remise par la mairie du 17° arrondissement de titres de rationnement et de tickets de métro
de vêtements : 1 complet, 1 maillot de corps, 1 chemise, des chaussettes, des chaussures

16 juin
présentation au Centre de libération du département de la Seine, 7, rue de Liège Paris 9°
demande de solde, accessoires de solde, diverses indemnités et prime de démobilisation
attribution par le service de santé d'une convalescence de 30 jours, du 17 juin au 18 juillet
dossier transmis à la démobilisation

4 septembre
établissement de la fiche de démobilisation (voir photo dans album Documents)
attribution de 4 paquets de tabac et 4 paquets de cigarettes
attribution d'une prime de démobilisation de 6 091 francs payée le 10 septembre

17 novembre
premier emploi en qualité de garçon de restaurant à l'Hôtel Moderne, place de la République
en poste jusqu'au 13 janvier 1946

1946

Adhésion à l'Association des prisonniers de guerre du département de la Seine
(voir photo dans album Documents)

8 avril
deuxième emploi en qualité de garçon par la mission de l'UNRRA en France
en poste jusqu'au 7 juin 1947

22 janvier 1948
embauche en qualité d'employé à la compagnie d'assurance MACL
fait carrière dans l'assurance jusqu'au 28 février 1983

6 juillet 1961
demande de la carte du combattant

25 septembre 1962
attribution de la carte du combattant

3 novembre 1962
déclaration de charge de famille au Bureau du recrutement de Paris

13 février 1964
titre de libération définitive du service militaire en restant soumis jusqu'à l'âge de 60 ans,
conformément aux obligations de l'Ordonnance 59-147 du 7 janvier 1959 portant organisation générale de la défense

4 juillet 1966
rattachement au Bureau de recrutement de Lyon

1° mai 1984
délivrance du Brevet de retraite du combattant donnant droit au versement d'une pension de retraite spécifique

21 décembre 2005
délivrance par l'Association des combattants prisonniers de guerre et CATM de Paris
du diplôme du Souvenir et de la Fidélité (voir photo dans album Documents)

21 décembre 2007
délivrance du Titre de Reconnaissance de la Nation

René Laferrère, un camarade de captivité, a rendu visite à Hippolyte Boussuge, frère de Maurice, à Paris. Dans la lettre de mermerciement qu'il lui adresse, il évoque l'après 8 mai à Lyon.

 

Lettre Laferrère 001

 

"Lorsque je suis rentré, j'étais quasiment nu comme un vers. Je me suis fait domicilier chez mon frère Hippolyte qui habitait dans le 17° tout prêt de la boulangerie qu'avaient tenu ma soeur et mon beau-frère, car ils avaient quitté Paris en 1943. Mon installation fut facilitée car mon frère se déplaçait souvent entre Paris, Chaudes-Aigues et Chartres où vivait sa belle-famille. Il avait été blessé gravement et amputé d'une jambe. Une fois rétabli, il se maria avec sa marraine de guerre.
J'ai porté encore quelques jours mes habits militaires avant d'obtenir
des vêtements par la Mairie. Par la suite je découvrirais que mon beau-frère avait fini d'user mes pantalons et costumes. Je retrouvais mon frère Albert, qui lui avait été prisonnier. En me rendant à Sarran, dans le Loiret, chez sa belle-mère, je découvris une de mes valises rangée sur le haut d'une armoire. Tout le monde s'était donc servi ! Je repartais de zéro.
Je partis à Chaudes-Aigues chez ma mère, pour la permission de convalescence. Je ne pesais pas lourd. Je retrouvais mon frère René et ma soeur Yvonne, plus jeunes que moi. Je retrouvais des copains. Louis Barbesse, surnommé Doudou, le fils du notaire, m'embrassa, cela me fit chaud au coeur. Cela me rappela la bringue que je fis avec lui et d'autres lorsque nous sommes partis au service militaire en 39. On me ramena chez moi dans une brouette tellement j'étais ivre. Nous avions fait la tournée des cafés où nous payions chacun notre tournée. Doudou qui avait l'argent facile, avait commandé chez Louisette du champagne. Il lavait demandé toutes les coupes et nous avions dressé une fontaine à champagne. Louisette était inquiète, Doudou la rassura :" Pas de souci, on vous les paiera." L'heure n'était plus à la bringue après tout ce qui s'était passé.

Au fur et à mesure je découvris ce qui avait pu se passer en France durant l'occupation allemande et dans le Cantal, ma région d'origine.

 

Chaudes-Aigues et les villages environnants étaient au centre du Réduit de la Truyère, un des maquis d’Auvergne comptant un millier d’hommes. Après la prise de celui du Mont Mouchet, tout proche, au milieu de juin 1944, les maquisards se dispersèrent et se replièrent vers la région de Chaudes-Aigues. Fridefont et Saint-Martial furent érigés en PC opérationnels. Les Allemands ont attaqué la zone le 20 juin 1944. De violents combats ont eu lieu pendant deux jours. Les pertes humaines ont été importantes en raison des moyens lourds employés (artillerie, chars, aviation). Ma mère, mon frère et ma sœur, habitant à Chaudes-Aigues ont fui pour se réfugier dans les bois puis chez un de mes oncles installé en pleine campagne. Les Allemands voulaient bombarder la ville située dans un vallon encaissé. On m’a rapporté que le curé Coutarel et le notaire Barbesse, ont parlementé pour éviter le pire. Par contre les villages d’Anterrieux, Saint-Martial et Frideont ont été grandement détruits.

Lorsque le groupe de prisonniers que nous étions, s'est séparé, nous avions promis de nous revoir. Cela ne se fit pas à l'exception d'un ou deux, dont Marcel Juteau, qui était originaire du Loiret. Chacun est parti de son côté pour se réadapter et reprendre le cours de la vie.

 

Je réussis à trouver du travail pour tout juste deux mois à l'Hôtel Moderne, place de la République.

Je fus ensuite embauché par l'Unrra pour un peu plus d'une année, toujours à l'Hôtel Moderne,qui avait été réquisitionné par les Américains. Il leur servait de lieu de transit pour les militaires qui allaient et venaient en Europe. Rien ne manquait avec la logistique américaine alors que la France souffrait de pénurie. Donc, une des grandes occupations du personnel de cuisine et de service fut la fauche de nourriture et de denrées de première nécessité. Tout le monde était organisé pour détourner ce qu'il pouvait. Chacun se servait mais la solidarité régnait. J'alimentais mes deux frères et belles-soeurs et un oncle qui habitait dans le quartier Saint-Sulpice. Sucre, lait en poudre, matière grasse, farine, café, chocolat, thé, alcool etc. tout était bon. Nos vestiaires étaient en étage et lorsque le service était terminé, un de l'équipe descendait l'escalier de service en éclaireur pour voir si la police militaire américaine ne faisait pas de contrôle à la sortie. Si c'était le cas, il prétextait un oubli, remontait et donnait l'alerte. Tout le monde s'allégeait alors de son butin pour pouvoir partir sans problème. Il y avait ceux qui arnaquaient les Américains. Dimitri, un serveur d'origine russe, étaient de ceux-là. A un Américain qui avait commandé une bouteille de Cognac, il servit un mélange d'eau teintée de café qu'il lui vendit à prix d'or. Le Cognac avait beaucoup de succès auprès des Américains. L'autre revint quelques jours après, fou furieux, il cherchait Dimitri  pour le tuer. Voyant cela, nous l'avons à peu près calmé et avons conseillé à Dimitri de se faire porter pâle, le temps que l'autre quitte Paris. Il se disait qu'un cuisinier qui partait tous les jours avec une petite valise, revendait de la viande au marché noir, ce qui lui permit d'acheter une maison en banlieue.
Avec tout ce que j'ai pu détourner, j'ai fait des heureux autour de moi. Chez mon oncle j'étais le bienvenu avec mes provisions. Ma tante me retenait toujours pour manger un morceau, même si les temps étaient durs. Je leur en ai toujours été reconnaissant. Henriette la femme de mon frère Albert, était aux anges quand je pouvais apporter du Cognac, car elle aimait bien en boire un petit coup, comme l'on dit.

J'adhère en 1946 à l'Association des prisonniers de guerre du département de la Seine qui fait partie aujourd'hui de la Fédération nationale des combattants, prisonniers de guerre et combattants d'Algérie, Tunisie, Maroc - FNCPG-CATM.

Je me suis à nouveau retrouvé sans travail en 1947. L'Unrra avait cessé ses activités. J'ai fait plusieurs places de garçon. Un jour j'en ai eu assez de cette vie pas toujours drôle en raison des patrons et des contraintes horaires. Par connaissance et recommandation, j'eus un entretien avec le chef du personnel de la MACL, une compagnie d'assurance installée rue de Castiglione. Il me fit passer des tests, une dictée, un problème de calcul, quelques lignes de rédaction. A la fin il me dit que c'était satisfaisant et surtout " Quand est-ce que vous pouvez commencer ?" ,"Tout de suite" lui répondis-je. Ce fut en réalité, quelques jours après. En fonction de mon niveau scolaire, je me stabilisais enfin."