ACPG 39-45, d'Albi à Prague, souvenirs d'un ancien combattant prisonnier de guerre 39-45

04 février 2010

Avant propos

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Maurice Boussuge
1919 - 2008
Caporal à la 509ème Compagnie divisionnaire antichars en 1940
Prisonnier de guerre du 16 juin 1940 au 9 mai 1945

*****

1945 - 2015 - 70ème anniversaire du retour des prisonniers de guerre français

Diplôme de Fidélité ACPG acpgkrgef3945 

"Mes années de jeunesse, je les ai passées en Allemagne ..."

Mon père est un ancien combattant de 39-45. Le 16 juin 1940 il est fait prisonnier en Eure et Loir après d'âpres combats avec l'armée allemande. Il est décédé le 14 juillet 2008. Drôle de date que la Fête Nationale pour un ancien combattant de la seconde guerre mondiale. En 1939 il faisait partie des derniers mobilisés dans une unité combattante. Il avait 20 ans.

Il a souvent évoqué avec sa famille les combats, la capture, la captivité pendant près de cinq ans en Allemagne dans la région des Sudètes de la Tchécoslovaquie de cette période.
Je ne sais s'il a été traumatisé par cette tranche de vie. Je n'ai jamais vraiment ressenti d'amertume de sa part mais je ne sais pas vraiment. Il s'était reconstruit
Il citait des faits, son parcours, la manière dont il a réagi dans des situations difficiles. L'enchaînement des situations n'était pas toujours expliqué. On ne pose jamais assez de questions, mais un soldat de 1940 pouvait-il avoir réponse aux questions pourquoi ?, comment se fait-il ?, lorsqu'il témoignait sur le déroulement de la campagne de France.

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Pourtant le soldat de 1940 ne ressemble pas forcément à celui de la 7ème Compagnie de Robert Lamoureux, même si un scénario comique rappelle parfois des situations cocasses de cette période. Nous savons aujourd'hui que de durs combats ont eu lieu. Les pertes humaines ont été nombreuses dans les deux camps, parfois supérieures à celles de la première guerre mondiale. L'armée allemande a commis des crimes de guerre sur notre territoire. Elle a exécuté des soldats qui avaient trop résisté à l'épopée lyrique de la Blitz Krieg voulue par le régime nazi.

Dans les textes qui suivent je fais témoigner une personne engagée dans une période dramatique et ô combien douloureuse. Je veux apporter une contribution sur la captivité des soldats de 1940 privés de leur liberté pendant une longue période. Ils ont été souvent décriés, oubliés et éclipsés par la légende dorée du gaullisme, de la résistance et des hommes de la 2ème DB et de la 1ère Armée française. Ils ont été identifiés à la défaite. Cela ne remet pas en cause ce qui s'est passé par la suite, mais la mémoire est sélective. Elle a été influencée par les commentaires et les analyses. Les faits sont pourtant incontournables. Le soldat de 39-40 a été mobilisé par la Troisième République mais ses chefs civils et militaires ont vacillé en quelques semaines entre le 10 mai et le 22 juin 1940.

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Le récit est constitué de textes organisés de manière chronologique. Des textes généraux alternent avec des propos reconstitués fidèlement à ce que j'ai entendu. Photos, documents, liste de noms complètent l'ensemble.

Des silhouettes et des visages anonymes apparaissent.
Je remercie par avance celles et ceux qui reconnaîtront un parent ou un ami de leur famille et qui auront la gentillesse de me le faire savoir afin qu'ils sortent de l'oubli un instant.

Je recherche des descendants de prisonniers des Stalag VIII A B C D qui auraient pu être en captivité dans la région de Freiwaldau, région des Sudètes de Tchécoslovaquie, aujourd'hui Jésénik en Tchéquie.

Pour aller plus loin

Liens, colonne de droite
Deuxième Guerre mondiale
Récits de prisonniers
Militaria 1940 a mis en ligne un document recensant les Stalags, Offlags et Kommandos

Des livres et des informations pratiques, colonne de gauche
Quelques livres : U - Ma Bibliographie
Rechercher un proche :  T - Infos pratiques

Actualité

2016
Une cérémonie s'est déroulée le 14 mai au mémorial tchèque des prisonniers de guerre de la région de Jésénik

L'exposition en ligne des Archives départementales de Saône et Loire consacrée aux prisonniers de guerre :
les débuts de la captivité - lien dans le chapitre C - les débuts de la captivité
la vie des prisonniers - lien dans le chapitre E - la vie de prisonnier
la libération et le retour - lien dans le chapitre I - la libération et le retour en France

Une nouvelle catégorie M - ACPG de la famille
Le parcours militaire en 1939 et 1940, d'Albert Boussuge, Benoît Bazot, Claude Bodelin, Jean Lambert,
frère, beaux-frères et cousin de Maurice Boussuge

Un film documentaire dans Récits de prisonniers, colonne de droite  
« KG, récit d’un évadé ».
Ce document illustre une histoire vraie, celle vécue par Jean Guillermo.
Prisonnier dans un Kommando du Stalag V C, il s’évade en 1941. Il va bénéficier d’une chaîne de solidarité dans l’Alsace de 1941 pour retrouver la liberté. Cet hommage lui est rendu par Mathieu Guillermo, son petit-fils
.

2014
Un mémorial des prisonniers de la seconde guerre mondiale en Silésie-Moravie, Tchéquie, 
a été créé par une association de Lipova-Lazne
Il a été inauguré le 23 août 

Les causes de la défaite de 1940 : S - D'une guerre à  l'autre

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Merci à tous les lecteurs

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They were able to discover the war and captivity in Germany of the soldiers of 1939 and 1940.
Thanks for this interest

 

 


Le service militaire au Dépôt d'instruction d'infanterie 161 d'Albi

Maurice Boussuge est né le 20 avril 1919 au hameau de Chassagne, à Saint-Martial dans le Cantal. Il est venu à Paris à l'âge de 16 ans. Comme tout bon auvergnat, il travaille dans le café pour débuter. C'est son frère aîné Albert qui l'a fait venir. Il est appelé sous les drapeaux le 27 novembre 1939. Il est incorporé à Albi au Dépôt d'instruction 161.

"Ma soeur aînée, Marie et  André son époux, étaient boulangers établis 41 rue Legendre dans le XVII° arrondissement de Paris. Ils exploitaient le commerce avec Roger, le frère d'André et Jeanne, son épouse. Ces derniers avaient un fils, Bernard, âgé d'environ 14 ans. Il était de santé fragile mais avait voulu venir voir avec moi le défilé du 14 juillet. Ce défilé fut long, avec beaucoup de troupes, d'avions et de matériels. Cela ne présageait rien de bon."

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Boulangerie Limet 41, rue Legendre, Paris 17°
à droite Marie (soeur de Maurice Boussuge),
à gauche Jeanne Limet, belle-soeur de Marie

"Lorsque la guerre fut déclarée, nous nous retrouvâmes, Albert, sa fiancée et moi, chez Marie et André, rue Legendre. Tout le monde pleurait car les hommes étaient mobilisés. Au milieu des lamentations je restais stoïque. Jeanne, la belle-soeur de Marie et André, dit à un moment : "Et bien Maurice qui est le plus jeune, ne pleure pas. C'est bien lui le plus courageux". J'étais comme cela, adviendra ce qu'il adviendra. André était mobilisé à la manutention pour faire du pain. Il devait gagner Château-Renard dans le Loiret. Albert était soldat au 92° Régiment d'infanterie et devait rejoindre Clermont-Ferrand. Hippolyte, mon autre frère aîné était mobilisé au 99° Régiment d'infanterie alpine à Sathonay, près de Lyon."

Mon père m'a toujours dit avoir fait son service militaire au 15ème alpine, mais en réalité il a été incorporé au dépôt d'instruction 161, installé à la caserne La Pérouse, quartier du 15ème RIA à Albi. Il m'a toujours confirmé avoir la tenue de l'infanterie alpine dont la célèbre tarte comme béret. 

Dépôt d'infanterie 161, Albi

Caserne La Pérouse
limite des quartiers Rayssac et Veyrières

Etat-major, Compagnie Hors Rang,
1 groupement d'instruction
55 officiers
2 732 hommes de troupe
76 chevaux
3 automobiles
12 voitures hippomobiles

Caserne Teyssier
quartier de la Madeleine

3 compagnies d'instruction
7 officiers
652 hommes de troupe
4 camionnettes
D1, D2, D3
6 officiers
772 hommes de troupe


Maurice Boussuge fait ses classes dans une unité d'instruction à la caserne La Pérouse
Le 19 mars 1940. Il est nommé caporal et occupe la fonction de vaguemestre. Il dépend du dépôt de guerre 7.
Le 6 avril il est affecté à la 509° Compagnie divisionnaire antichar (509° CDAC) qui est une compagnie de réserve générale.
Il se retrouve artilleur antichar pour servir des canons de 25 mm.

La défense antichar dans une division d'infanterie est composée :
d'une batterie antichar de 47 mm servie par des artilleurs,
d'une compagnie divisionnaire antichar (C.D.A.C.) équipée de canons de 25 mm
38 C.D.A.C. seront mises constituées au fur et à mesure du conflit.
9 seront affectées à la réserve générale, numérotées de 501 à 509, puis à partir du 8 juin 1940, 1 à 9 et dénomées compagnies antichar (C.A.C.), pour ne pas être confondues avec les formations de chars.
Les C.D.A.C. sont constituées par les dépôts d'instruction d'infanterie puis les dépôts de guerre.
Elles comportent 1 section de commandement et 3 sections de canons de 25.
Les hommes affectés aux C.D.A.C. sont envoyés à Granville au Cours pratique de tir de l'infanterie et des chars pour être instruits à l'utilisation des canons de 25 mm. De là, les compagnies gagnent l' Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr-l'Ecole pour y percevoir le matériel (canons et engins tracteurs à chenillettes).

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Albi 1940 Maurice Boussuge, soldat au 15°RIA

Le service militaire se déroule dans une ambiance très armée française : marches, manoeuvres, quelques exercices de tir, sous-officiers égaux à eux-mêmes, défilés dans la ville d'Albi. C'est la guerre mais il ne semble pas y avoir de préparation militaire spécifique pour affronter le feu de l'ennemi. En qualité de vaguemestre il effectue quotidiennement la liaison entre la poste et le régiment très librement. Le dimanche les militaires déambulent sur les Lices et place du VIgan, croisant leurs gradés. La vie de garnison s'écoule lentement et sûrement.

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Albi 1940, Maurice Boussuge est à droite

"Nous étions un dépôt d'instruction et notre équipement militaire était des plus sommaire. Nous faisions assez souvent des exercices et des marches. Quasi régulièrement cela se terminait par la traversée d'Albi jusqu'à la caserne La Pérouse, musique en tête, officiers sur leurs chevaux et nous la troupe au pas cadencé avec tout le paquetage sur le dos. Nous avions les fameuses bandes molletières et les godasses du soldat aux pieds. En gros c'était notre préparation pour affronter les Allemands.

L'adjudant de quartier, un Corse, comme très souvent dans l'armée, répétait tout le temps : "Je suis le bon papa de famille", mais il n'arrêtait pas de nous em... pour un rien. Un autre sous-officier était pire. Un des jeux favoris des sous-off était la revue d'uniforme lorsque nous sortions en ville. Combien de fois devions-nous regagner la chambrée pour revenir se présenter au poste de garde. Une fois en ville, lorsque nous déambulions dans les rues d'Albi le dimanche, nous ne cessions pas de saluer ces messieurs.

Ce ne fut pas pareil lorsqu'on se retrouva à la riflette. Au plus fort des combats de la mi-juin 1940, l'adjudant qui commandait la section vint me trouver : "Boussuge, vous n'avez pas vu ... ?", le fameux sergent-chef. Je ne l'avais pas vu de la journée. Nous le cherchâmes. Nous l'avons découvert, aplati dans un buisson tremblant comme une feuille. L'adjudant lui passa un savon, il lui botta les fesses avec énergie pour le faire bouger. Le gars ne bougea pas tellement il avait peur. Je n'avais jamais vu quelqu'un avoir aussi peur. L'adjudant se résigna et l'abandonna à son sort. Je ne sais pas ce qu'il devint.

En tant que vaguemestre, j'allais et je venais comme je voulais. Je prenais mon service après les autres. En rentrant de la poste, je triais le courrier ce qui fait que je déjeunais plus tard. J'avais l'autorisation de prendre mes repas à la cuisine du réfectoire. Un beau jour, le cuisinier, un marseillais, n'accepta plus de me servir et s'en prit à moi en des termes grossiers et de manière assez violente. Je lui répliquai que je ne lui donnerais plus son courrier. Le ton monta, un autre militaire s'interposa et prit ma défense en lui disant : "Si tu touches à Boussuge, tu auras affaire à moi". Et bien mon défenseur n'en dormit pas quelques nuits car le cuisinier l'avait menacé de lui faire la peau. En effet il dormait toujours avec un couteau planté dans le parquet près de son lit. Cette affaire se tassa car le cuisinier partit.

Parfois le dimanche nous allions voir un match de rugby, Albi avait une bonne équipe. J'avais sympathisé avec un couple qui tenait un petit restaurant, plutôt une sorte de cantine où nous pouvions manger à pas cher. La femme entretenait mon linge."

En préambule aux pages relatant les opérations militaires de 1940 on peut lire :
R - D'une guerre à l'autre

 

 

 

05 février 2010

Le départ pour le front

De retour à Albi au printemps 1940 après une permisssion de convalescence, la caserne Lapérouse est quasiment vide. Les compagnies sont installées à la Viscose, dans le quartier La Renaudié, près du camp militaire Saint - Antoine. Il se retrouve dans une ambiance de vide et de désoeuvrement.
Vaguemestre, il récupère fin mai, à la poste une grosse enveloppe. En la rapportant à la caserne il pressent l'importance de son contenu. Elle renferme l'ordre de monter en ligne pour la 509° CDAC à laquelle il est affecté.

Le 3 juin 1940 la compagnie quitte Albi pour se rendre à Granville, au Cours pratique de tir de l'infanterie et des chars.
Les hommes sont casernés dans la citadelle. Les exercices de tir en mer se déroulent depuis les falaises.
Après une huitaine de jours "passés au bord de la mer", une découverte pour la plupart des soldats, la compagnie doit rejoindre 
Saint Cyr l'Ecole, en région parisienne, pour percevoir le matériel (canons de 25 mm, moyens de traction, véhicules etc.). Elle y arrive le 12 juin au matin.
La compagnie se retrouve dans l'oisiveté. Le commandement veut la doter d'équipages hippomobiles, mais un adjudant d'active insiste fortement pour disposer de véhicules tracteurs à chenillettes. Ce voeu est finalement exaucé. 

Les déplacements se sont faits dans le flot des réfugiés.
La peur et la désorganisation se sont emparées du pays, nous sommes à une vingtaine de jours de la fin des hostilités.

La compagnie se retrouve sans ordre de mission.
Son commandant, le lieutenant Nougairède décide de se mettre à la disposition de l'état major de la région de Versailles. 
La 508ème C.D.A.C. qui était en instruction à Granville à la même période, se retrouve dans la même situation. Son commandant, le lieutenant Méjean adopte la même attitude.

Le 13 juin la 509ème C.D.A.C. est dirigée vers le 10° Corps d'armée de l'Armée de Paris pour être affectée à la 8ème Division légère d'infanterie coloniale - 8ème DLIC. Cette division se bat au sud de la Seine pour en empêcher le franchissement par l'ennemi. Cette unité va au fil des jours se replier dans la vallée de l'Eure pour gagner la nouvelle ligne de front de la Loire.

Le 14 juin la 509ème C.D.A.C. est mise à la disposition du 1er Bataillon du Régiment d'infanterie coloniale du Maroc - R.I.C.M..
La 508ème C.D.A.C. sera mise à la disposition du 2ème Bataillon du R.I.C.M.

Je décris dans les pages suivantes le dispositif militaire dans lequel la 509ème C.D.A.C. va s'insérer :
Armée de Paris, 8ème DLIC, Régiment d'infanterie coloniale du Maroc

 

 

Situation de l'armée française en juin 1940

Le général Weygand, nouveau général en chef des armées a décidé de réorganiser le front pour stopper l'avancée allemande.
Il passe d'ouest en est par les vallées de la Somme et de l'Aisne, se prolonge vers Montmédy et Longuyon jusqu'à la ligne Maginot.

Les forces engagées sur la Somme et l'Aisne sont la X° Armée et le 9° Corps d'armée.
L'armée allemande attaque cette ligne le 5 juin 1940; elle franchit la Somme le 8 juin.
L'Etat major décide alors de créer une nouvelle ligne de front sur la Seine pour stopper l'offensive ennemie. Les armées se replient sur cette ligne non sans avoir essuyées de lourdes pertes.
Le 9 juin, les troupes allemandes installent des têtes de pont au sud de la Seine. 
Au même moment la division commandée par Rommel fond sur la Basse-Seine pour parvenir à Rouen et au Havre.
Le 10 juin, l'Aisne est franchie par l'ennemi. Le lendemain, Paris est déclarée ville ouverte.
Le 12 juin, La Marne est franchie . Ce même jour le général Weygand ordonne le repli général de l'armée vers la Loire.
Le 14 juin les Allemands entrent dans Paris.  

D’est en ouest, depuis l’Alsace et la Lorraine jusqu’à l’estuaire de la Seine

Groupe d’armées n° 2 – générale Prételat - région fortifiée du Nord-est
VIII° Armée      général Laure
V° Armée        générale Bourret
III° Armée        général Condé

Groupement de la Sarre

Groupe d’armées n° 4 – général Huntziger - de la ligne Maginot à l'Aisne
II° Armée         général Freydenberg
IV° Armée       général Réquin
VI° Armée       général Touchon

Groupe d’armées n° 3 – général Besson - vallées de la Somme et de l'Aisne
VII° Armée                  général Frère
Armée de Paris          général Héring
X° Armée                    général Altmayer

Corps de cavalerie     général La Laurencie
1ère, 2ème, 3ème divisions légères mécaniques

" La guerre avec la France est terminée. En quarante-quatre jours, les armées du groupe B auront défait les défenses néerlandaises et belges et écrasé les armées françaises et anglaises accourues à leur secours. Paris et les cotes françaises sont entre nos mains. Le nombre de prisonniers faits devant le front du groupe d'armées compte plus d'un million et demi d'hommes. Ensemble avec la Luftwaffe, nous avons obtenu une victoire qu'on ne peut pas imaginer plus belle. La jeune armée allemande a donné la preuve de son invincibilité devant le monde entier et devant l'Histoire. La honte accumulée sur notre peuple après la dernière guerre a été éliminée grâce à votre fidélité et à votre courage. La charge la plus lourde reposait sur les épaules de notre armée de terre. Nous voulons la porter, fièrement et joyeusement, dans la ferme volonté d'emporter la victoire pleine et totale."
Général Von Bock, commandant du groupe d'armées B
Citation extraite du livre La France occupée d'Auguste Von Gageneck Edition Perrin

 

La Seine nouvelle ligne de défense

L'armée de Paris est créée le 10 juin pour renforcer le système défensif de la vallée de la Seine.
Son commandement est confié au général Héring, gouverneur militaire de Paris

Dispositif depuis la région parisienne jusqu'à l'embouchure de la Seine

Armée de Paris
Commandant : général Héring. Formée le 10 juin
Composition : deux corps d'armées positionnées entre Paris et la vallée de l'Eure.
D'est en ouest on trouve :
25° Corps d'armée commandé par le général Libaud
16° Division d'infanterie, général Mordant
13° Division d'infanterie, général Baudouin
241° Division légère d'infanterie, général Lhéritier
85° Division d'infanterie d'Afrique, général Wernaere

10° Corps d'armée commandé par le général Gransard
84° Division d'infanterie d'Afrique, général Goubaux
8° Division légère d'infanterie coloniale, général Gillier
L'Armée de Paris est renforcée par la 4° Division cuirassée et la 2° Division légère mécanique

10° Armée
Commandant : général Altmayer. Reformée le 30 mai, positionnée entre l'Eure et Rouen.

Corps de cavalerie 
Commandant : général La Laurencie. Vient en soutien de la 10° Armée.
Composition :1° et 3° Divisions légères mécaniques, 23° Division légère d'infanterie.

Extraits des Souvenirs de guerre du général Hering

Armée de Paris  

Le 10 juin 1940 à 8h00 du matin le général Héring, gouverneur militaire de Paris prend le commandement des forces stationnées dans le secteur de Vernon sur la Seine, à Boran, sur l’Oise. Ces forces constituent désormais l’Armée de Paris.

Composition 

Les garnisons de sûreté des anciens secteurs de Mantes (général Hassler) et de l’Oise (général André) renforcées à partir du 7 juin par la 84° division d’infanterie (général Goubeau) et depuis le 10 par la 2° division légère mécanisée (général Bougrain).

2 corps d’armée de la X° armée
25° corps d’armée (général Libaud)
10° corps d’armée (général Grandsard)
ainsi que les 2° et 4° divisions cuirassées (général Delstrain)

Une division fraîche la 8° division d’infanterie coloniale (général Gillier) en cours de débarquement dans la région d’Houdan

Ordre général d’opérations n° 5 du 11 juin 1940 

De Vernon inclus à Poissy exclus
10° corps d’armée – général Grandsard, adjoint : général Hassler
2° DLM – général Bougrain
8° DIC – général Gillier
84° DI – général Goubeau

De Poissy inclus à Boran exclus
25° corps d’armée – général Libaud, adjoint : général André
85° DI – général Wemaere
241° DI – général Lhéritée

Groupement de Bazelaire
débris des 13°, 16°, 24° DI et 4° DIC

Groupement Delestrain
2° DCR – général Perré
4° DCR – général de la Font

Chronologie des événements  

11 juin          
Avancée en direction d’Evreux de colonnes ennemies qui ont franchi la Basse Seine à Pont de l’Arche

12 juin            
Matinée : une attaque allemande débouchant de la forêt de Bizy en direction du sud-est sur Chauffour est arrêtée net par le feu de la 8°DIC puis refoulée dans la forêt par la 2°DLM

A l’aile gauche la manœuvre de débordement allemand se développe en direction d’Evreux. Dans la soirée la 2°DLM se replie sur la route Evreux- Pacy-sur-Eure. Communication avec la X° armée interrompue qui reçoit l’ordre de repli Rouen-Argentan

Ordre de repli pour l’armée de Paris sur l’Yvette et la lisière nord de la forêt de Rambouillet.
A prévoir pour la nuit du 13 au 14 juin.
Pour le général Besson, commandant du groupe d’armées 3 (GA3) auquel appartient l’armée Paris, le danger est aux deux ailes.
La mission du moment pour le général Héring est de couvrir le flanc gauche du GA 3 de plus en plus menacé par l’avance de l’ennemi sur Evreux.

Le 10° corps d’armée qui maintient sa droite et son centre sur la Seine, infléchit sa gauche sur le front Forêt de Rosny-Bois à l’ouest de Béval-cours de l’Eure-Nonancourt
Le 25° corps d’armée doit décrocher dans la nuit du 12 au 13 juin.

Direction de repli pour l’armée de Paris : Rambouillet - Blois

14 juin
La 2° DLM à gauche est encore en liaison avec la 1° DLM de la X° armée
La 8° DIC a été fortement accrochée dans la forêt de Dreux
Le 10° corps d’armée doit amorcer dans la nuit du 14 au 15 un repli sur la ligne Senonches-Châteauneuf-Maintenon-Rambouillet-Saint-Forget

15 juin
Au soir le 10° corps d’armée tient le front Senonches-Châteauneuf-Maintenon-Ablis

16 juin 
Percée allemande Chartres-Tours et Etampes-Orléans
Le 10° corps d’armée fait face à la 10° Panzer Division qui s’efforce de déborder son aile gauche
La 2° DLM et la 8° DIC sont au sud d’Ablis
Le 25° corps d’armée fait face à la 9° Panzer Division à Ablis dans l’axe Etampes-Orléans

17 juin
Le 10° corps d’armée éprouvé ne peut maintenir une ligne de front  Authon du Perche-Brou-Bonneval-Patay
Repli vers la Loire : 10° corps d’armée entre Blois et Tours, 25° corps d’armée entre Mer et Beaugency


La vallée de l'Eure ligne de défense

Le dispositif autour de l'Eure est le suivant :

à l'ouest, rive gauche : 
1° et 2° Divisions légères mécaniques (1°DLM, 2°DLM) du Corps de cavalerie

à l'est, rive droite : 
10° Corps d'armée de l'Armée de Paris
8° Division légère d'infanterie coloniale (8°DLIC°)
84° Division d'infanterie d'Afrique (84°DIA) 

Les régiments engagés sont de gauche à droite : 
13° Régiment de dragons 
Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc (RICM)
26° Régiment de tirailleurs sénégalais

Ces unités se replient au fil des jours vers le sud, en direction de la Loire. 

8° Division légère d'infanterie coloniale - 8°D.L.I.C.

La 8°D.L.I.C. constitue l'aile gauche de l'Armée de Paris, rive droite de l'Eure.

Bref historique :
30 avril 1940
mise sur pied de la 8°Division d'infanterie coloniale dans la Gironde sans compagnie divisionnaire antichar

13 mai 1940
mouvement prévu par voies ferrées pour le 17 mai

16 mai 1940
débarquement de la division dans la Drôme, stationnement à Grignan et dans les environs

1er juin 1940
le 4° régiment d'infanterie coloniale est enlevé à la division pour être dirigé vers le Nord-Est

5 juin 1940
la division est avertie de se préparer à faire mouvement par voies ferrées dans les 48 heures

6 juin 1940
la 8° division d'infanterie coloniale devient une division légère 8° D.L.I.C.

Composition de la division
26° R.T.S.
R.I.C.M. provenant de la région de Draguignan
C.D.A.C. 21
9° R.A.D.
296°R.A.L.
B.D.A.C;
1 compagnie de Génie
G.R.D.I. 78

24° R.T.S., 20° R.I.C., 1 compagnie de pionniers,
1 compagnie de génie sont laissés dans la Drôme

7 juin 1940
embarquement de la division à bord de 14 trains dans les gares de Valréas,
Saint-Paul-Trois-Châteaux et Montélimar

10 juin 1940
débarquement du 1er train à Bréval en Seine et Oise

Mission :
Ordre 34 du général Héring, Armée de Paris
Occuper le secteur de Mantes pour défendre la Seine sur une ligne Vernon - Mantes

En fin de journée, les Allemands franchissent la Seine à Vernon et occupent la forêt de Bizy

Voir Opérations de la 8ème D.L.I.C.

Opérations de la 8° Division légère d'infanterie coloniale

11 juin 1940
Ordre général 2
Interdire le franchissement de la Seine entre Bonnières et Mantes et couvrir le flanc droit de la division à l'ouest
en liaison avec les éléments amis de Pacy, Jeufosse (2°D.I.M.) et la 84° D.I.A. à l'est.

Fin du débarquement de la division à 18h00 sous couvert deu G.E.D. en place au sud de Jeufosse, Bonnières et Rolleboise
Le R.I.C.M. est dirigé vers Saint-Illiers-le Bois-Vert
Le 26° R.T.S. est dirigé vers Rosny-sur-Seine et Mantes

12 juin 1940
la division est affectée au 10° Corps d'armée de Gassicourt à Pacy-sur-Eure
Mission
Défendre la Seine sur le front de la division et couvrir le flanc gauche de l' armée entre l'Eure et la Seine,
éventuellement le long de l'Eure

En cas d'abandon, de la ligne Pacy - Bonnières se rétablir sur la ligne du cours de l'Eure - Bois de Bréval - forêt de Rosny

10h45 attaque ennemie sur le 4° Zouaves à Chauffour (est de la 8° D.L.I.C.)
12h00
R.I.C.M. de Bréval Pont à Chaignolles
26°R.T.S. de Saint-Illiers-la-Ville à Epône
G.R.D. entre Bonnières et Rolleboise
9° R.A.D. entre Saint-Chéron et Nezel
196° R.A.L. à Dammarin en Seive

Retraite de l'aile gauche

13 juin 1940
Sous la protection d'un échelon de couverture ( 3° Bataillons du R.I.C.M. et du 26°R.T.S. et du G.R.D.) installé sur la ligne Guainville - Saint-Illiers-les-Bois - Rolleboise et gardant le contact jusqu'à 03h00, repli de la gauche de la division judqu'à la ligne Avre - Eure, mouvement terminé à 12h00, à l'ouest repli sans incidents de la 2°D.L.M.
Contact repris avec l'ennemi à 09h45, pression sur Villiers-en-Desoeuvre et Saint-Illiers-les-Bois, infiltration de fantassins, combat et contre attaques locaux, situation rétablie à 17h00.
A 13h45 contact du R.I.C.M. avec blindés ennemis à Anet.
Dans la soirée destruction des ponts sur l'Eure de Garenne, Ivry-la-Bataille, Sausset, Croth, Sarrel Moussel (incomplète)

14 juin 1940
Repli dans la nuit sur le front Avre - Eure - Condé-sur-Vesgre inclus.
Mission en liaison avec la 2° D.L.M. à l'ouest, la 84°D.I.A. à l'est
Défendre le front en gardant le maximum de réserves, faire effort sur les directions eure et Mantes - Houdan.
Contact repris à 12h30 sur le front du R.I.C.M., occupation d'Anet par l'ennemi qui est refoulé à l'ouest de l'Eure
En fin de journée infiltrations adverse vers Rouvres
Couverture du 26°R.T.S. installé de La Haye à Condé-sur-Vesgre par l'escadron moto du G.R.D.I. dont le gros a été regroupé à Broue
Dans la soirée accrochage du R.I.C.M. sur les hauteurs de Berchères-sur-Vesgre, combats dans Richeville et Houdan (26°R.T.S.)

15 juin 1940
Repli dans la nuit sur la ligne Châteauneuf-en-Thymerais - Maintenon sous la couverture du G.R.D.I. tenant les ponts de l'Eure et de la Blaise.
Accrochage à Chérisy. Difficultés de mouvement à cause de l'encombrement des routes et la fatigue.
Installation vers 15h00 du R.I.C.M. à Châteauneuf-en-Thymerais, Achères (liaison précaire avec la 2° D.L.M. à l'ouest, le 26°R.T.S. de Saint-Chéron à Maintenon occupé pour recherche de liaison perdue avec la 84° D.I.A à l'est)
Regroupement du 33° régiment de travailleurs et des éléments régionaux de Mantes au nord de Chartres puis mouvement de ces éléments vers Alluyes et Saint-Germain

16 juin 1940
Reprise du contact avec l'ennemi dans la matinée (07h30 à l'ouest) sur le front Châteauneuf-en-Thymerais - Villette-les-Bois.
Recherche de la liaison avec la 88°D.I. vers Maintenon par le 26°R.T.S. puis G.R.D.I. qui occupe les ponts de Jouy - Saint-Priest
Combats au nord de Chartrainvilliers (11h00) et au nord-est de Bouglainval
Reconnaissance ennemies vers Le Péage dont le Point d'Appui encerclé, disparaît presque entièrement en fin de journée
Replis très difficiles en raison des infiltrations allemandes qui barrent les routes au sud
Combats de Saint-Sauveur et Châteauneuf-en-Thyemerais, Thimert, Villette à 19h30
Mouvement du 57° Escadron de spahis vers l'ouest pour liaison avec la 2° D.L.M.

Les opérations du R.I.C.M. du 11 au 16 juin 1940 en Eure et Loir

11 juin
Venant du sud de la France par chemin de fer le Régiment d'infanterie coloniale du Maroc débarque dans plusieurs gares à l’ouest de Paris
1er bataillon : Trappes
2ème bataillon : Versailles Matelots
3ème bataillon : Aulnay sur Mauldre
C.H.R. : Epône
C.D.T.,C.R.E., E.M. : Maule
les lieux de débarquement sont éclatés dans un rayon de 26 km à vol d’oiseau

Mission : tenir la rive gauche de la Seine de Rosny à Jeufosse
le P.C. du régiment s’installe à Saint-Chéron
le 2ème bataillon prend position à l’ouest de Chauffour

12 juin
Front du régiment sur une ligne Pacy – Chaignes – Chauffour
1er bataillon entre Pacy et Chaignes puis à Hécourt
2ème bataillon entre Chaignes et Chauffour - Points d’Appui à Chaignes et Chaignolles
3ème bataillon au sud de la ligne de front

Ordre de repli pour tenir la position entre Anet et le confluent de l’Avre et de l’Eure (Saint-Georges-Motel)

13 juin
Ordre de tenir la rive gauche de l’Eure

P.C. Les Nonains
1er bataillon tient tous les passages de l’Eure de Sorel-Moussel à Saint-Georges-Motel
2ème bataillon tient les Points d’Appui : Anet – Saussay – Croth
3ème bataillon : Saint Illiers les Bois – Villiers en Désoeuvre – Nord de Guainville
Attaque ennemie sur la ligne tenue par le 3ème bataillon
Ordre de repli pour tenir un front en saillant :
du confluent de l’Avre et de l’Eure jusqu’à Ivry la Bataille en passant par la vallée de la Vesgre jusqu’à Berchères-sur-Vesgre, puis par une ligne reliant Bû en passant par La Haye

Le 1er bataillon est renforcée par la 509ème compagnie divisionnaire antichar
Le 2ème bataillon est renforcé par la 508ème compagnie divisionnaire antichar

14 juin
P.C. à Abondant avec le 3ème bataillon, C.D.T. et C.R.E.
1ére et 2ème compagnies en contact avec l’ennemi du pont d’Anet au pont de La Ferme Brûlée
l’ennemi franchit le pont de La Croix Pageot, progresse sur Saussay et Anet et attaque Rouvres
attaques repoussées

Ordre de repli

RICM 11-14 Juin 1940 001

15 juin
9h45 ordre donné par le colonel du R.I.C.M. : tenir une ligne de front entre Châteauneuf-en-Thymerais et Achères
P.C. Gatelles
A l’ouest
1er bataillon : de Châteauneuf-en-Thymerais à la Touche où la liaison sera recherchée avec le 2ème bataillon qui est à Chêne-Chenu
Dispositif
P.C. du 1er bataillon à Villette-les-Bois – chef de bataillon Bachetta
1ère section de la 1ère compagnie, compagnie d’accompagnement du bataillon, 1 section – lieutenant de Beauregard
Châteauneuf-en-Thymerais : 3ème compagnie – lieutenant de Reals, 4ème section de mitrailleurs, 2 sections de la 509ème compagnie divisionnaire antichar
Saint-Sauveur : 2ème compagnie – capitaine Vercier, 2ème section de mitrailleurs, 1 section de la 509ème compagnie divisionnaire antichar
La Touche : 1ère compagnie – capitaine Vittet, 3ème section de mitrailleurs, 1 section de la 509ème compagnie divisionnaire antichar

A l’est
2ème bataillon : points d’appui de Chêne-Chenu 6ème compagnie, Achères 5ème compagnie, Le Boullay d’Achères, Landauville, Theuvy
P.C. du 2ème bataillon à Theuvy
1ère et 3ème sections de la 6ème compagnie
3ème bataillon en 2ème échelon : points d’appui de Thimert, Guillandru, Ecublé, Le Mage
17h00 fin de la mise en place du dispositif

Chaque village est organisé en point d’appui.
L’ordre de repli du régiment devait intervenir dans la nuit du 15 au 16, mais il est reporté avec consigne de tenir le front et de créer des réduits au sein des points d’appui 

16 juin

PA RICM 15-16 JUIN 1940 001

1h30 mise en alerte des unités
7h15 l’ennemi attaque Châteauneuf et Saint-Sauveur par éléments motorisés
bombardement des Points d’Appui et manoeuvre d’infiltration par les larges espaces entre les P.A.
10H15 Saint-Sauveur est encerclé – attaque en 5 vagues successives
Effort principal de l’ennemi sur Châteauneuf, Saint-Sauveur, La Touche, Villette et Guillandru
Châteauneuf et Saint-Sauveur tombent en fin de matinée suite à épuisement de munitions
16h40 Châteauneuf, Saint-Sauveur et Thimert sont considérés comme définitivement perdus
Forte pression sur Ecublé et Villette, La Touche tient encore mais cèdera en fin de journée
19h40 le général commandant la 8° DLIC ordonne le repli

La journée a fait de nombreuses victimes

509° Compagnie divisionnaire antichar dans les combats d' Eure et Loir

La 509ème compagnie divisionnaire antichars est affectée à la 8ème DLIC le 13 juin
La 8ème Division lègère d'infanterie coloniale (8° DLIC) de l'Armée de Paris est dirigée vers l'ouest de Paris pour être mise à la disposition de la 10° armée. Cette dernière disloquée par la poussée allemande, se replie vers Le Havre. La 8° DLIC est positionnée au sud de Mantes le 10 juin. Elle est chargée de constituer une ligne de front reliant Evreux, Dreux et Chartres. Cet axe sera sévèrement bombardé faisant de nombreuses victimes civiles.

La 509° compagnie divisionnaire antichars est mise à la disposition du 1er bataillon du RICM le 14 juin. 
Le 14 juin à Anet. 
Les 15 et 16 juin elle est engagée  dans un triangle aménagé en point d'appui par le RICM entre Châteauneuf en Thymerais, Saint-Sauveur, Chêne-Chenu .
Le dispositif est le suivant :

Villette-les-Bois

P.C. du commandant du 1er Bataillon du R.I.C.M. : commandant Bachetta
P.C. du commandant de la 509ème C.D.A.C. : lieutenant Nougairède

Châteauneuf-en-Thymerais
3ème compagnie du 1er bataillon du RICM - lieutenant de Réals (tué au combat)
4ème section de mitrailleurs
2 sections de la 509ème CDAC - lieutenant Lecul

Saint-Sauveur
2ème compagnie du 1er bataillon du RICM - capitaine Vercier
2ème section de mitrailleurs - lieutenant Monnier (tué au combat)
4° section de la 509ème CDAC - sous-lieutenant Garaix (tué au combat)

La Touche
1ère compagnie du 1er bataillon du RICM - capitaine Vittet (tué au combat)
2ème section - lieutenant Fabre
4ème section - lieutenant Sarde
3ème section de mitrailleurs - adjudant-chef Cassegrain
1 groupe mobile - adjudant-chef Delacour (tué au combat)
1 section de la 509ème CDAC - adjudant-chef Baumet ? adjudant Tarnus (tué au combat)

Thimert
train auto de la 509ème C.D.A.C. : adjudant chef Dressartre

Les combats ont lieu à Châteauneuf-en-Thymerais et dans les localités situées à l'est de Châteauneuf érigées en Points d'Appui.

La 509° CDAC est détruite le 16 juin
Maurice Boussuge est chef d'une pièce de 25 mm antichar. Servies par plusieurs antillais, les pièces seront détruites les unes après les autres par les obus allemands. Il est indemne mais les victimes sont nombreuses autour de lui. La journée du 16 est la plus éprouvante et la plus intense en combats. Le mince ilôt de résistance que représentait la compagnie et d'autres unités est écrasé par la puissance de feu adverse. Le RICM déplorera 18 tués, 536 disparus et 110 blessés, avant qu'il ne continue son repli vers le sud, avec l'objectif de stopper ou retarder l'ennemi sur les bords de la Loire.
Maurice Boussuge réchappe des combats. Il ne pourra pas se replier. Il est capturé par l'armée allemande à La Touche, commune de Saint-Sauveur, Eure et Loir, le 16 juin 1940, en fin d'après-midi.

 

Champ à La Touche 3

 Champ probable où Maurice Boussuge est capturé par les Allemands le 16 juin 1940 

 Combats des 15 et 16 juin 1940 

"Lorsque nous sommes passés à Dreux (certainement le 10 juin) un violent bombardement avait eu lieu la veille.  Un poste d'aiguillage de la gare avait été endommagé. Un homme était pris sous les décombres. Nous n'avons pas pu le dégager. Beaucoup de civils avaient été tués. Nous étions en plein chaos. A Anet, une partie du château avait été bombardée et brûlait. A Saussay, le pont devait être détruit pour ralentir les Allemands. Le Génie avait bien miné le pont, mais il n'y avait pas d'amorces pour le faire sauter. Nous avons fait face toute la journée aux Allemands situés sur l'autre rive. Les ordres et les contre-ordres se sont succédés pour tenter de faire partir la charge. Finalement le pont a sauté en fin de journée. Cela ne servit à rien car les Allemands avaient contourné la position. Nous avons continué notre chemin. Le15 juin la compagnie s'est repliée vers la région de Châteauneuf-en-Thymerais. Depuis le 14 juin les combats étaient violents. Nous étions à côté du RICM (à sa disposition). La poussée allemande était forte et en faisait paniquer plus d'un. Un sous-officier du RICM me dit froidement à un moment : "Si tes jeunots ne se tiennent pas tranquilles, je m'en occupe". Il joignit le geste à la parole et dégaina une arme et dit quelque chose du "Je leur en colle une !" Je crois qu'il l'aurait fait sans état d'âme.
Un officier, un lieutenant de réserve je crois, avait fait placer nos canons de 25 devant les bâtiments d'une ferme, sous les pommiers. L'adjudant qui assurait maintenant le commandement passe et me dit : "Boussuge, qui vous a fait placer ici, vous êtes une cible toute trouvée". "C'est le lieutenant ...". Après une critique véhémente de la décision du lieutenant sa réplique fut : " Allez, allez, mettez-vous à couvert derrière les bâtiments de la cour". C'était une ferme dont les bâtiments étaient disposés en carré autour d'une grande cour. Les Allemands s'étaient installés dans un clocher pour surveiller les alentours. Nous avons pu les en déloger en les pointant avec nos pièces. Ce ne fut qu'un moment de répit.
Au fur et à mesure nous étions encerclés. Pour progresser, les Allemands ne reculaient devant rien. 
Je me souviens qu'à un certain moment ils avançaient sur une petite route en poussant un civil devant eux. Dans les échanges de tirs, l'homme fut tué, certainement par des balles françaises. Pour nous réduire ils nous pilonnaient au canon. Nos pièces de 25 ne faisaient pas le poids. Elles ont été détruites les unes après les autres. Les batteries situées de part et d'autre de la mienne furent touchées. Les soldat ont été quasiment déchiquetés lorsqu'un un obus tomba en plein dessus. Je ne fus pas atteint, je ne sais pas comment. Si nous n'étions pas touchés, les consignes étaient de saboter les culasses en cas de repli. Maintenant que la situation s'était aggravée, c'était une question de survie. Isolés, coupés des autres troupes, sans ordres, c'était du chacun pour soi pour sauver sa peau. 
Je n'ai quasiment jamais connu nos officiers. Le lieutenant qui nous commandait depuis Albi fut tué au début des combats à Saint-Sauveur. Il a voulu voir où se situaient les Allemands, il a levé la tête, un tireur en a profité pour l'ajuster. Il s'appelait Garaix.

A plusieurs nous nous mîmes à ramper dans les blés pour tenter d'échapper au massacre. Notre idée était d'attendre la nuit pour gagner un bois situé en bordure du champ dans lequel nous nous trouvions. Les Allemands tiraient à hauteur d'homme. Quand ça passe au-dessus de la tête en sifflant dans tous les sens, on n'est pas fier. Il y eut un gros orage. Nous restâmes un bon moment couchés dans des rigoles pleines d'eau. Je me suis alors retrouvé avec Jean-Baptiste Vergne, un autre caporal, chef de pièce. Il était natif de Meymac en Corrèze. A Albi, nous n'étions pas ensemble. Nous nous sommes connus à Granville et lors des combats. Comme moi il avait été obligé d'abandonner sa position faute de matériel. Les obus et les balles continuaient de siffler au-dessus de nous. Situé près de moi il fut atteint à une cuisse, je n'avais rien. Une seconde fois il est touché, moi toujours rien. Je crois qu'il fut blessé encore une fois ou deux. Je l'entendais dire à chaque fois : "Maurice, je suis encore touché !". Je réussis à lui faire des pansements avec ceux que nous avions en dotation. J'avais les mains pleines de sang. Je l'ai aidé comme j'ai pu à se traîner jusqu'à un tas de foin amoncelé sur des perches pour sécher. Nous nous cachâmes dessous. Je rabattis du foin sur l'endroit par lequel nous étions passés. Il saignait pas mal et râlait. Je disposais encore de pansements pour changer ceux que j'avais faits. Il souffrait et se plaignait. J'essayais bien de le calmer pour faire le moins de bruit possible.
A un moment il s'est débattu et a fait tomber du foin. Juste devant l'ouverture j'aperçus une paire de bottes allemande
s. C'était fini, nous étions capturés. Je sortis le premier et je fis comprendre que mon camarade était blessé. On me signifia de le sortir et le transporter jusqu'au bord d'une route. Je l'ai chargé sur mon dos tant bien que mal et l'ai porté. A chaque pas que je faisais, son corps me frappait le dos. A chaque pas il me disait : "Tu me fais mal, tu me fais mal !". Après cet effort je l'ai déposé par terre. On me fit comprendre qu'il serait soigné. "Ne m'abandonnes, ne m'abandonnes pas !" furent les dernières paroles qu'il me dit. Nous fûmes séparés.
Je le revis après la guerre. Il ne succomba pas à ses blessures mais fut quand même prisonnier un certain temps avant d'être rapatrié sanitaire. Je reparlerai de Jean-Baptiste Vergne plus tard (Le passé revient).

Je marchais sur une route escorté par un soldat allemand. Nous longions une colonne de véhicules. Un soldat descendit d'une chenillette, un rouquin, je le revois. Il s'avança vers moi, furieux. Je pense qu'il m'invectivait. Il me décrocha un violent coup de pied dans un genou. Il me fit très mal. Un sous-officier le fit mettre au garde-à-vous et l'engueula. Je l'entendis claquer des talons plusieurs fois. 
Je poursuivis et fus regroupé avec d'autres prisonniers."

 

Champ à la Touche en direction de St Sauveur 2

 La Touche vue prise en direction de Saint - Sauveur, le champ probable où fut capturé Maurice Boussuge le 16 juin 1940

En direction de Villette les Bois depuis La Touche 1

La Touche vue prise en direction de Villette-les-Bois