Historique succinct par le lieutenant Nougairède
commandant de compagnie
SHD Vincennes N 1920 - 1940 34N322

 

La 509° C.A.C. a quitté Albi pour le C.P.T.I.C. de Granville le 3 juin ; arrivée le 12 juin au matin à St Cyr. Le 13 sans ordre, se met à la disposition de l’E.M. régional de Versailles qui la dirige vers le 10° C.A. vers Rambouillet. Reçoit l’ordre d’appuyer le 1er B° du R.I.C.M. Baptême du feu à Anet le 14 juin. Le 15 repli et installation du B° en 4 P.A. : Châteauneuf, St Sauveur, La Touche, Villette. Le 16 matin ordre de résistance sur place – à l’aube attaque allemande – St Sauveur est enlevé vers 2h, La Touche vers 17h – Villette (P.C.) résista jusqu’à 21 h, heure à laquelle arrive l’ordre de repli. Châteauneuf (2 officiers du RICM tués) se replie vers 11h et les éléments de la 509° CAC (2 sections) partent vers le sud (les liaisons coupées et ils étaient sans ordre). Le 17 juin il reste avec le RICM le cdt de cie et quelques hommes de la section commandement, 2  sections sont aux mains de l’ennemi, les 2 autres sections ont disparu. Depuis j’ai appris que les 2 dernières sections sont faites prisonnières le 24 et relâchées le 15 juillet.

 

Notice rédigée par le lieutenant Nougairède,
commandant de compagnie, décrivant les combats du 16 juin 1940
SHD Vincennes N 1920 - 1940 34N322

XV° Division Militaire                                                           
Ecole Spéciale Militaire

Aix en Provence le 2 avril 1941

Exécution des prescriptions de la note de service n° 6827 i/I de la direction de l’Infanterie
section instruction, en date du 25 février 1941

Notice sur les actions auxquelles a participé depuis le 10 mai 1940
le lieutenant Nougairède de l’Ecole Spéciale Militaire

 

N’ayant participé qu’à partir du 14 juin 1940 aux opérations, je n’ai assisté en général qu’à des prises de contact de la part de l’ennemi sans autre moyen que l’infanterie motorisée et des à défenses locales limitées dans le temps de la part d’unités qui cherchaient à retarder l’ennemi.
la 509ème Compagnie anti-char que je commandais avait été affectée au 1er Bataillon du R.I.C.M. qu’elle avait rejoint le 14 juin à Anet (60 km au nord de Brou).
L’ennemi prenait le contact ce jour là et bousculait avec … un bataillon ( ?) à 3 km à l’est.
Dans la nuit le 1er Bataillon du R.I.C.M. se repliait sur ordre sur une ligne jalonnée par Châteauneuf-en-Thymerais, les villages de St Sauveur, La Touche et Villette.
C’est là que le 16 juin 1940 l’ordre de repli n’arrivant pas , le R.I.C.M. se battit sur place contre un ennemi très supérieur en nombre et en moyens.

L’ennemi
Nous ne savons rien de précis si ce n’est que l’ennemi nous talonne, ses motocyclistes suivent au plus près notre retraite comme le prouve l’incident suivant :
au cours du repli sur Châteauneuf, une compagnie du R.I.C.M. dont les hommes sont exténués n’avance plus que poussée par ses officiers et par le groupe franc qui, appuyé de quelques canons de 25 protège le repli. Les trainards sont déjà nombreux ; pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi, après avoir fait décharger huit camionnettes de ma compagnie, avec ce convoi auto, je remonte la colonne pour récupérer les trainards. Après avoir dépassé le groupe franc de un kilomètre à peine, on nous tire dessus ; chaque voiture n’ayant qu’un chauffeur il n’est pas question de nous entre 12h et 14 h  le 1er Bataillon arrive sur la ligne qu’il doit tenir : les hommes se couchent et ce n’est que le soir qu’un dispositif de défense peut être mis en place.

Dispositif
Le R.I.C.M. a deux bataillons en ligne et un en réserve. Avec l’effectif des deux bataillons il n’est pas question de tenir sans intervalle la ligne imposée d’une quinzaine de kilomètres : on tiendra les nœuds de route et les points les plus sensibles.

Ambiance
Après avoir laissé prendre un peu de repos à la troupe, le 1er Bataillon éclate et chaque élément rejoint le P.A. qui lui est assigné par l’ordre du chef de Bataillon.

On est habitué depuis quelques jours à se battre jusqu’au soir et à se replier si la pression ennemie est trop forte. Les hommes s’attendent donc à un nouveau repli pour la nuit qui vient. Malgré les exhortations des cadres cette idée reste en eux et ils s’installent mal ; c’est à peine si le soir quelques épaulements d’armes automatiques sont creusés, presque tout le monde dort.d’autre part l’après midi déjà ont circulé des bruits d’armistice. On sent que les hommes ne croient plus au combat imminent. La nuit arrive mais pas l’ordre de repli.
Le 16 au matin vers 3 h, pour dissiper toute illusion le chef de Bataillon envoie aux divers P.A. un ordre qui précise qu’il faut tenir en place et préparer en plus de la défense extérieure des lisières, des réduits, ce qui équivaut à dire : la mission est de tenir sans idée de recul.

Dispositif du Bataillon
Etant donné le peu de personnel et sa fatigue, une installation sommaire est seule réalisée. Le Bataillon fournit quatre points d’appui répartis comme l’indique le schéma ci-contre :

P.A. de Châteauneuf-en-Thymerais : 1 compagnie de voltigeurs – 2 sections de 25 
P.A. de Saint-Sauveur : 1 compagnie de voltigeurs – 1 section de 25 
P.A. de La Touche : 1 compagnie de voltigeurs – 1 section de 25 
P.A. de Villette-les-Bois : engins du bataillon – 1 section de mitrailleurs
PC du chef de Bataillon – PC de la C.A.C.

Le terrain devant les points d’appui
a) au nord de Châteauneuf des bois perméables à l’infanterie permettant l’infiltration ennemie jusqu’aux premières maisons.

b) au nord de Saint-Sauveur assez bonne visibilité mais au NE et NO des taillis nombreux et la proximité des bois permettant l’approche facile jusqu’à 800 m des lisières du village.
c) au nord de La Touche paysage analogue.
d) Villette sur un piton permet de voir entièrement St Sauveur et la sortie sud de La Touche. Entre ces villages et Villette, des champs de blés hauts, des prairies dont le foin coupé est en tas, pas de taillis, pas de bois, à l’ouest, une dépression, couloir non vu.

Déroulement du combat
a) attaque de Saint-Sauveur
A 6h l’ennemi prend le contact avec St Sauveur ; on sent qu’il se masse sur une base de départ (boqueteaux NE et NO) avant de passer à l’attaque.

La première attaque part sans préparation d’artillerie ; elle est immédiatement bloquée ; l’effectif vu de Villette est celui de deux compagnies. Une demi-heure après, une préparation d’artillerie met le feu à plusieurs maisons.
Nouvelle attaque : elle est repoussée mais l’ennemi à réussi à glisser entre St Sauveur et La Touche.
Nouvelle préparation d’artillerie, nouvelle attaque ; des éléments ennemis  partis du Sud et du NO s’emparent des maisons SO ; l’attaque n’a que partiellement réussi, mais les feux dans la défense sont moins nourris, il est claire que le P.A. va tomber.
Une nouvelle préparation d’artillerie réduit la défense au silence, l’ennemi occupe le village, il est prêt de midi.
Au cours de cette attaque les mitrailleuses de Villette essayent d’arrêter les éléments à découvert mais elles sont peu nombreuses et les distances de tir varient entre 2000 et 3000 mètres ; les mortiers aussi sont à bout de protée et l’ennemi n’est pas arrêté.
Notre artillerie est trop peu nombreuse. A de longs intervalles une batterie de 75 tire sur les arrières ennemis, mais nous ne voyons rien des effets produits.

 

Marville les Bois depuis St Sauveur 1

Marville-les-Bois depuis Saint-Sauveur

 

b) attaque de Châteauneuf
Jusqu’à dix heures le P.A. tient. A partir de 10h nos liaisons sont coupées. Nous saurons plus tard que le capitaine et le lieutenant ayant été tués, l’ennemi se présentant sur trois côtés, les défenseurs se sont repliés à quelques kilomètres au sud.

c) attaque sur La Touche
La Touche subit un sort analogue à celui de St-Sauveur. Le P.A. est attaqué sérieusement à partir de 11h. nous ne voyons rien mais vers 14h l’ennemi se présente au SE de La Touche. Ne pouvant pénétrer dans le village malgré des bombardements successifs, il le contourne et prend le contact avec le dernier P.A., Villette vers 14h.

 

Marville les Bois depuis La Touche 5

Marville-les-Bois depuis La Touche

 

d) attaque sur Villette-les-Bois
L’ennemi est maintenu aisément jusqu’à 17 h, heure à partir de laquelle on n’entend plus tirer la défense de La Touche.

A partir de 17 h l’ennemi se présente sur tout le front Nord. Il profite d’une grosse pluie d’orage qui diminue considérablement la visibilité pour glisser à l’Est.
Vers 18 h il se présente au Nord, à l’est et à l’Ouest, l’artillerie ennemie démolit de nombreuses maisons.
Vers 19 h l’ennemi cherche à se rapprocher à distance d’assaut : à la jumelle on distingue dans les prés les Allemands avec l’herbe sur le casque qui se camouflent au mieux. Le tir des fusils est assez précis et l’ennemi est maintenu à 400 mes positions.
Un peu plus tard cependant l’ennemi campe dans les blés où il est impossible de le voir. Quelques hommes arrivent ainsi à courte distance des défenseurs. Le lieutenant qui commande le groupe franc est tué par une rafale de mitraillette partie d’un champ de blé voisin (le champ était à 10 m à peine).
Le P.A., les mitraillettes crépitent de tous côtés, mais presque toutes les balles sont hautes. Pour se ménager une voie  pour sa liaison, le chef de Bataillon avec quelques hommes de son P.C. , sort du village au Sud - Ouest pour patrouiller dans un ravineau d’où étaient parties des rafales : devant ce mouvement offensif, les quelques ennemis qui sont là, fuient.
A 21 h l’ordre de repli arrive.
Sous la protection des mitrailleuses et des engins, les défenseurs se replient par bonds successifs. L’artillerie ennemie qui essaye d’empêcher ce replis par des tirs de barrage arrière est presque réduite au silence par une contre batterie inattendue. L’ennemis qui a dû subir de lourdes pertes ne poursuit pas.

 

La Touche depuis Villette les Bois 1

Vue prise en direction de La Touche depuis Villette-les-Bois

 

Nougairède