Maurice Boussuge est né le 20 avril 1919 au hameau de Chassagne, à Saint-Martial dans le Cantal. Il est venu à Paris à l'âge de 16 ans. Comme tout bon auvergnat, il travaille dans le café pour débuter. C'est son frère aîné Albert qui l'a fait venir. Il est appelé sous les drapeaux le 27 novembre 1939. Il est incorporé à Albi au Dépôt d'instruction 161.

"Ma soeur aînée, Marie et  André son époux, étaient boulangers établis 41 rue Legendre dans le XVII° arrondissement de Paris. Ils exploitaient le commerce avec Roger, le frère d'André et Jeanne, son épouse. Ces derniers avaient un fils, Bernard, âgé d'environ 14 ans. Il était de santé fragile mais avait voulu venir voir avec moi le défilé du 14 juillet. Ce défilé fut long, avec beaucoup de troupes, d'avions et de matériels. Cela ne présageait rien de bon."

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Boulangerie Limet 41, rue Legendre, Paris 17°
à droite Marie (soeur de Maurice Boussuge),
à gauche Jeanne Limet, belle-soeur de Marie

"Lorsque la guerre fut déclarée, nous nous retrouvâmes, Albert, sa fiancée et moi, chez Marie et André, rue Legendre. Tout le monde pleurait car les hommes étaient mobilisés. Au milieu des lamentations je restais stoïque. Jeanne, la belle-soeur de Marie et André, dit à un moment : "Et bien Maurice qui est le plus jeune, ne pleure pas. C'est bien lui le plus courageux". J'étais comme cela, adviendra ce qu'il adviendra. André était mobilisé à la manutention pour faire du pain. Il devait gagner Château-Renard dans le Loiret. Albert était soldat au 92° Régiment d'infanterie et devait rejoindre Clermont-Ferrand. Hippolyte, mon autre frère aîné était mobilisé au 99° Régiment d'infanterie alpine à Sathonay, près de Lyon."

Mon père m'a toujours dit avoir fait son service militaire au 15ème alpine, mais en réalité il a été incorporé au dépôt d'instruction 161, installé à la caserne La Pérouse, quartier du 15ème RIA à Albi. Il m'a toujours confirmé avoir la tenue de l'infanterie alpine dont la célèbre tarte comme béret. 

Dépôt d'infanterie 161, Albi

Caserne La Pérouse
limite des quartiers Rayssac et Veyrières

Etat-major, Compagnie Hors Rang,
1 groupement d'instruction
55 officiers
2 732 hommes de troupe
76 chevaux
3 automobiles
12 voitures hippomobiles

Caserne Teyssier
quartier de la Madeleine

3 compagnies d'instruction
7 officiers
652 hommes de troupe
4 camionnettes
D1, D2, D3
6 officiers
772 hommes de troupe


Maurice Boussuge fait ses classes dans une unité d'instruction à la caserne La Pérouse
Le 19 mars 1940. Il est nommé caporal et occupe la fonction de vaguemestre. Il dépend du dépôt de guerre 7.
Le 6 avril il est affecté à la 509° Compagnie divisionnaire antichar (509° CDAC) qui est une compagnie de réserve générale.
Il se retrouve artilleur antichar pour servir des canons de 25 mm.

La défense antichar dans une division d'infanterie est composée :
d'une batterie antichar de 47 mm servie par des artilleurs,
d'une compagnie divisionnaire antichar (C.D.A.C.) équipée de canons de 25 mm
38 C.D.A.C. seront mises constituées au fur et à mesure du conflit.
9 seront affectées à la réserve générale, numérotées de 501 à 509, puis à partir du 8 juin 1940, 1 à 9 et dénomées compagnies antichar (C.A.C.), pour ne pas être confondues avec les formations de chars.
Les C.D.A.C. sont constituées par les dépôts d'instruction d'infanterie puis les dépôts de guerre.
Elles comportent 1 section de commandement et 3 sections de canons de 25.
Les hommes affectés aux C.D.A.C. sont envoyés à Granville au Cours pratique de tir de l'infanterie et des chars pour être instruits à l'utilisation des canons de 25 mm. De là, les compagnies gagnent l' Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr-l'Ecole pour y percevoir le matériel (canons et engins tracteurs à chenillettes).

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Albi 1940 Maurice Boussuge, soldat au 15°RIA

Le service militaire se déroule dans une ambiance très armée française : marches, manoeuvres, quelques exercices de tir, sous-officiers égaux à eux-mêmes, défilés dans la ville d'Albi. C'est la guerre mais il ne semble pas y avoir de préparation militaire spécifique pour affronter le feu de l'ennemi. En qualité de vaguemestre il effectue quotidiennement la liaison entre la poste et le régiment très librement. Le dimanche les militaires déambulent sur les Lices et place du VIgan, croisant leurs gradés. La vie de garnison s'écoule lentement et sûrement.

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Albi 1940, Maurice Boussuge est à droite

"Nous étions un dépôt d'instruction et notre équipement militaire était des plus sommaire. Nous faisions assez souvent des exercices et des marches. Quasi régulièrement cela se terminait par la traversée d'Albi jusqu'à la caserne La Pérouse, musique en tête, officiers sur leurs chevaux et nous la troupe au pas cadencé avec tout le paquetage sur le dos. Nous avions les fameuses bandes molletières et les godasses du soldat aux pieds. En gros c'était notre préparation pour affronter les Allemands.

L'adjudant de quartier, un Corse, comme très souvent dans l'armée, répétait tout le temps : "Je suis le bon papa de famille", mais il n'arrêtait pas de nous em... pour un rien. Un autre sous-officier était pire. Un des jeux favoris des sous-off était la revue d'uniforme lorsque nous sortions en ville. Combien de fois devions-nous regagner la chambrée pour revenir se présenter au poste de garde. Une fois en ville, lorsque nous déambulions dans les rues d'Albi le dimanche, nous ne cessions pas de saluer ces messieurs.

Ce ne fut pas pareil lorsqu'on se retrouva à la riflette. Au plus fort des combats de la mi-juin 1940, l'adjudant qui commandait la section vint me trouver : "Boussuge, vous n'avez pas vu ... ?", le fameux sergent-chef. Je ne l'avais pas vu de la journée. Nous le cherchâmes. Nous l'avons découvert, aplati dans un buisson tremblant comme une feuille. L'adjudant lui passa un savon, il lui botta les fesses avec énergie pour le faire bouger. Le gars ne bougea pas tellement il avait peur. Je n'avais jamais vu quelqu'un avoir aussi peur. L'adjudant se résigna et l'abandonna à son sort. Je ne sais pas ce qu'il devint.

En tant que vaguemestre, j'allais et je venais comme je voulais. Je prenais mon service après les autres. En rentrant de la poste, je triais le courrier ce qui fait que je déjeunais plus tard. J'avais l'autorisation de prendre mes repas à la cuisine du réfectoire. Un beau jour, le cuisinier, un marseillais, n'accepta plus de me servir et s'en prit à moi en des termes grossiers et de manière assez violente. Je lui répliquai que je ne lui donnerais plus son courrier. Le ton monta, un autre militaire s'interposa et prit ma défense en lui disant : "Si tu touches à Boussuge, tu auras affaire à moi". Et bien mon défenseur n'en dormit pas quelques nuits car le cuisinier l'avait menacé de lui faire la peau. En effet il dormait toujours avec un couteau planté dans le parquet près de son lit. Cette affaire se tassa car le cuisinier partit.

Parfois le dimanche nous allions voir un match de rugby, Albi avait une bonne équipe. J'avais sympathisé avec un couple qui tenait un petit restaurant, plutôt une sorte de cantine où nous pouvions manger à pas cher. La femme entretenait mon linge."

En préambule aux pages relatant les opérations militaires de 1940 on peut lire :
R - D'une guerre à l'autre