L’armée française qui est en repli depuis le 12 juin sur ordre de son chef, le général Weygand, continue de se battre comme elle peut avec les moyens qui restent à sa disposition. A la lecture des archives de la division on prend la mesure des difficultés rencontrées pour maintenir un front uni face à l’ennemi durant cette période. On peut penser que certaines difficultés du moment se sont révélées être des insuffisances les semaines auparavant.

La situation
Le 8 juin les Allemands ont franchi la Somme, le 9 ils ont créé des têtes de pont au sud de la Seine, le 10 ils ont franchi l’Aisne. La région parisienne est menacée. Les armées se replient pour tenir une nouvelle ligne de front sur la Seine, l’Oise et la Marne.

Le 10 juin est créée l’Armée de Paris pour contenir l’ennemi à l’ouest de Paris

Dans ce contexte la 8° division d’infanterie coloniale basée dans la Drôme est appelée pour renforcer la 10° Armée recréée le 30 mai. La poussée allemande sur la région de Rouen va contraindre la 10° Armée à se replier vers la Normandie. La 8° D.I.C. sera affectée au secteur de Mantes avant d’être intégrée dans le 10° Corps de l’Armée de Paris.
Le 5 juin elle est avertie de faire mouvement par voie ferrée dans les 48 heures.
Le 6 juin elle est transformée en division légère.
Le 7 juin elle s’embarque.
Les unités arrivent les 10 et 11 juin au sud de Mantes.

La  division monte en ligne incomplète
Elle débarque dans plusieurs lieux, il lui faut du temps pour se regrouper.

La 8°D.L.IC. a pour ordre d’empêcher le franchissement de la Seine et de contenir l’ennemi.
Cela ne sera pas possible. La division de replie vers le sud en protégeant l’aile gauche de l’Armée de Paris le long de la vallée de l’Eure.

Conditions difficiles du repli des troupes
Les étapes sont longues, plusieurs dizaines de kilomètres. Elles se font bien souvent à pied faute de moyens de transport. La troupe est fatiguée. Les déplacements ne sont pas facilités par les civils en exode.


Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 14 juin 1940
« Les troupes sont fatiguées par 3 jours de marche et de combats. »
« Le III/26° R.T.S. n’a pu se décrocher qu’à 1h30 et n’a pu retrouver la section de transport ; des éléments font l’étape entière à pied, d’autres peuvent être transportées en fin de matinée. »

Extrait de l’historique succinct de la 8°D.L.I.C. – opérations du 15 juin 1940
 « … le repli est pénible par suite de l’encombrement considérable des routes par les convois de réfugiés, la longueur de l’étape, la chaleur dans la matinée. » «  Les convois de réfugiés s’écoulent sans arrêt sur la route Maintenon – Chartres. »

Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 16 juin 1940
« L’ordre de repli parvient à la D.I. vers 18 heures. Toutefois les commandants des unités de transport ne s’étant pas présentés de la journée au P.C., le début du mouvement est prévu à pied. Les représentants des groupes de transport n’arrivent qu’à 21h30 et annoncent que leurs autobus ne pourront être là avant 3 heures du matin. Les groupes de transport qui devaient stationner à 25 – 30 kilomètres des unités, avaient été envoyées dans la journée au sud de la Loire par ordre, paraît-il de la direction des transports. »

Organisation et coordination défectueuses
L’organisation logistique laisse à désirer


Extraits de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 14 juin 1940
« Pendant toutes ces opérations on n’a eu aucune indication d’ensemble sur les forces allemandes opposées et sur leurs directions de marche. »

« On ne dispose que de quelques cartes au 1/200 000° et de cartes Michelin en nombre insuffisant. Pendant les journées qui suivront, cette pénurie de cartes et l’absence totale de cartes au 1/50 000° sera des plus gênantes pour les marches, les reconnaissances et surtout pour les tirs de l’artillerie. »

Extraits de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 15 juin 1940
«  Le 10° C.A. ne peut se relier directement par  T.S.F. à la 8° D.I.C., l’éloignement des P.C. étant trop grand. Le poste de la 84°D.I. doit servir de relai entre celui du C.A. et de la 8° D.I.C. »

 « Le Génie fait sauter à 23h 5 wagons d’une rame de munitions de 155 court abandonnés à Marchezais et qui ne pouvait être évacués. »

Manques de moyens et de matériels
Dans cette période de repli de l’armée, le manque de moyens humains et matériel pèsent sur les combats. Les unités n’ont plus la possibilité de tenir un front face à l’ennemi.


Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 14 juin 1940
«La compagnie du Génie fait sauter les pont de l’Eure à Saussay, Croth, Sorrel Moussel ? Ferme Brûlées, Gué des Grues, pour se regrouper à Grandchamp. Le pont d’Anet n’a pu être détruit faute d’explosifs (Le C.A. répond qu’il n’en a plus) »

Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 15 juin 1940
« Les points d’appui s’organisent  mais il existe entre les unités de larges intervalles qui peuvent être difficilement surveillés, surtout dans le secteur du 26°R.T.S. dont le terrain est très coupé. »

Extraits de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 16 juin 1940 
« Vers 10h Châteauneuf tombe faute de munitions. »

« Vers 11h Saint-Sauveur tombe également ; … les éléments qui se replient n’ont plus de munitions. »

« La D.I. n’a pas de P.A.D. (Parc d’Artillerie Divisionnaire) ; le ravitaillement en munitions d’infanterie est effectué le 16 au soir sur le front de combat par des camionnettes du Q.G. »

Erreurs tactiques
Des erreurs tactiques sont commises en raison des manques d’information entre les différents points de la ligne de front. Les conséquences sont  irrémédiables.


Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 15 juin 1940
« L’ordre du 10° C.A., n°85, parvient vers 21h ; le repli est prévu (nuit du 15 au 16 juin), mais il ne doit être exécuté que sur nouvel ordre transmis par la 84° D.I. Cet ordre n’étant pas parvenu à minuit, les unités sont prévenues qu’elles auront à tenir sur place. Les unités de transport se replient. Leurs commandants précisent  qu’elles seront stationnées  à 25-30 kilomètres du front.»
Voir le problème des transmissions évoqués plus haut.

Extraits de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 16 juin 1940
« Le décrochage imprévu de la 84°D.I. amène le 26°R.T.S. à mettre en ligne une partie de son bataillon de 2ème échelon (le 3ème) et augmente son front qui mesure dès lors près de 25 kilomètres. Il ne reste en réserve de D.I. que 2 escadrons à cheval du G.R.D. »

«  De plus, assez tôt la 2ème D.L.M. se replie en pivotant autour de Châteauneuf. Ainsi la Division, son saillant à droite et à gauche aura à supporter toute la journée un combat des plus durs que chacun de ces deux saillants avec des moyens très réduits en infanterie et artillerie sur un front de plus de 40 kilomètres. »

« A 12 heures le 10ème C.A. demande qu’un bataillon du R.I.C.M. soit poussé dans la région de … pour dégager la D.L.M. . Cette demande ne peut être satisfaite car le bataillon du 2ème échelon du R.I.C.M. est partiellement engagé et sera indispensable pour arrêter l’attaque ennemie dans la région de Châteauneuf. »

«  A 14h50, le Général a demandé l’intervention de la 4° D.C.R. sur le flanc est de la division. Aucune suite n’a été donnée ; des éléments de cette division seraient engagés sur le front de la 84°D.I. »

« L’ordre de repli parvient à la D.I. vers 18heures, avant que la situation exacte du 26° R.T.S. ne soit connue. »

Bilan de la journée du 16 juin 1940
Extrait de l’historique succinct  de la 8° D.L.I.C. – opérations du 16 juin 1940

«  La Division en saillant a supporté durant toute la journée de forte attaques à ses deux ailes.
Ses deux régiments d’infanterie ont subi de lourdes pertes. A l’ouest l’ennemi n’a pu enfoncer la position ; à l’est, le 26° R.T.S. écrasé a pu échapper en partie, mais les troupes sont exténuées et elles ont à faire une étape à pied de 50 kilomètres. L’absence des unités du Train ce jour-là, coûtera aussi cher que le combat lui-même. »
Ajout manuscrit : «  De nombreux éléments n’on pu rejoindre, en particulier les échelons et environ la moitié du III/26°R.T.S. C’est la Direction générale des transports qui aurait donné à ses groupes l’ordre de se replier au sud de la Loire alors qu’ils se trouvaient à pied d’œuvre pour l’opération prévue pour le lendemain. »